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la lumière du monde une
comparaison de cinq traductions françaises de deux textes bibliques:
S O M M A I R E 1.1 Traductions choisies 2. LES ÉNONCÉS DE MATTHIEU ET JEAN 2.1 L'originalité de l'Évangile selon Matthieu 3. LES ÉNONCIATIONS DES DIFFÉRENTS TRADUCTEURS 3.1 Les noms de Dieu 4. INTERPRÉTATIONS TENDANCIELLES 4.1 Une Bible "catholique"
TBJ LA SAINTE BIBLE TRADUITE EN FRANÇAIS SOUS LA DIRECTION
DE L'ÉCOLE BIBLIQUE DE JÉRUSALEM Mt L'évangile de Matthieu le Prologue Le Prologue de l'évangile de Jean. (Jean1:1-18)
(texte en rouge = citation biblique)
Lus par beaucoup et interprétés de manières différentes, telle est la réalité de la réception des textes bibliques. Même le monde non-croyant est souvent bien influencé par la Bible. L'impact de ces écritures sur l'histoire occidentale ne peut guère être négligé, bien que l'on puisse discuter de ses fruits, s'ils sont bons ou mauvais. Il n'est pas rare de trouver des individus qui prétendent que la Bible est une source d'intolérance, d'hostilité et même de violence. Pour nombre de fidèles, en revanche, le cœur de l'énoncé biblique, c'est l'amour de Dieu, un amour qui s'adresse à tous les êtres humains et à toute la création, un amour qui devrait être transmis au monde à travers la vie et le témoignage de ses récepteurs. Pour d'autres, cependant, la Bible est plutôt considérée comme un acte législatif. Tous les hommes seraient tenus à suivre ses lois absolues et à garder minutieusement toute lettre. Dans un temps où les mouvements intégristes font de gros progrès, même dans le christianisme, semble-t-il, il devrait être important de retourner aux sources de la foi chrétienne: les paroles de Jésus comme les auteurs des évangiles les ont fait connaître. Une étude comme celle-ci pourrait être un moyen d'apercevoir l'authenticité du message de Jésus et de ses apôtres derrière les traductions modernes et éventuellement dévoiler les tentatives de certains traducteurs d'imposer au public francophone leurs interprétations particulières. C'est donc notre intérêt pour la Bible, son histoire, son message et son influence sur une grande partie de la population mondiale qui nous a encouragé à étudier et à comparer cinq traductions françaises, assez modernes, de deux textes bibliques: le Sermon sur la Montagne et le Prologue de Jean. Il faut admettre qu'une étude, telle que la nôtre, n'est pas facile à faire d'une manière tout à fait neutre. Qui puisse prétendre être parfaitement objectif? Après des centaines et même des millénaires d'enseignement depuis la première publication des textes bibliques, la société a été bien imprégnée par leur idéologie souvent assez déformée par les représentants des Églises et par les divers interprètes. Toutefois, nous avons essayé de prendre une position objective et une manière de le faire, c'est le retour aux textes grecs du Nouveau Testament. Notre comparaison de différentes versions bibliques n'est donc pas seulement celle entre les cinq traductions françaises, mais aussi, bien que dans une mesure très modeste, avec les textes originaux grecs. Un autre problème que nous avons dû affronter, c'est la difficulté de trouver des explications et des commentaires hors des notes marginales dans les différentes bibles qui pourraient clarifier plus profondement certains choix de mots et de tournures de phrases. Une des traductions(1) a même été faite par une équipe qui souhaite rester anonyme. Pour trouver l'arrière-plan des différentes versions, nous avons consulté des commentaires bibliques qui nous paraissent représentatifs des traditions respectives dans lesquelles les traductions ont été élaborées. Ce choix de commentaires est évidemment une entreprise risquée, parce que comment savoir s'ils sont vraiment représentatifs des courants spirituels apparentés aux traductions bibliques? Mais l'importance n'est pas de trouver des explications en petits détails. C'est plutôt la considération des grandes tendances. Dans un cas, nous avons eu la faveur de pouvoir rendre visite au traducteur (2) en personne pour un entretien dans sa maison à Jérusalem.
"Ta parole est une lampe à mes pieds, une lumière sur mon chemin."(3) Ainsi l'auteur du Psaume 119 dé-finit-il sa dépendance vis-à-vis la Parole de Dieu. Cette expression est à trouver dans la Bible des Juifs, ce que les chrétiens considèrent comme la première partie, l'Ancien Testament, de leur Bible. Pour eux, de plus, les 27 écritures du Nouveau Testament font partie de la Parole de Dieu. C'est cette Parole sainte, la Bible qui est considerée comme une Lumière brillante par de nombreux croyants de toutes les nations sur terre. La Bible n'est donc pas morte. Malgré son âge d'une vingtaine de siècles, son influence mondiale reste toujours importante. Traduite en plus de 1.900 différents langues et dialectes, elle peut être lue par 98% des hommes et des femmes alphabétisés.(4) L'origine des livres de la Bible est à trouver au Proche Orient, dans la culture hébraïque, quoique les textes originaux du Nouveau Testament aient été écrits dans la langue grecque, autant que nous le connaissons. Certains exégètes soutiennent pourtant l'hypothèse que même cette partie de la Bible a été traduite en grec d'après des œuvres originaux hébreux. Dans l'introduction aux évangiles synoptiques, TBJ montre que selon l'ancienne tradition ecclésiastique, l'évangile de Matthieu serait initialement composé en langue hébraïque, c'est à dire en araméen, pour être traduit plus tard en grec.(5) Il existe certaines variantes de texte dans les anciens manuscrits grecs, ce qui est probablement dû aux erreurs de ceux qui ont copié les documents. Ces variantes n'ont le plus souvent pas grande importance, mais dans certains cas, elles sont la cause de traductions différentes. Un exemple, c'est la traduction de Jn 1:18, un des passages du Prologue qui sera projet de notre étude. Mais ces écritures, peuvent-elles être comprises au fond à travers toutes les traductions? Est-il vraiment possible de traduire en d'autres langues (comme par exemple le français) le message d'une culture lointaine dans l'espace et dans le temps, sans en per-dre le sens profond? "Est-il possible de traduire la Bible?"(6) C'est justement la question que se pose Hélène Marchessou, professeur en langues étrangères à l'université de Poitiers. Par de nombreux exemples, elle montre que les lettres hébraïques en elles-mêmes apportent au message du texte un sens particulier. Bien que les mots et les phrases soient traduisibles, la signification symbolique des lettres singulières ne l'est pas. Voilà une épreuve des difficultés culturelles que le traducteur a à affronter. Pourtant, bien des hommes et des femmes ont essayé de traduire la Bible. Seul le XXe siècle a vu une véritable floraison de traductions bibliques en français.
1.1 Traductions choisies Les cinq traductions que nous avons choisies de comparer sous certains aspects, sont toutes publiées au cours des dernières décennies. Néanmoins, elles sont assez répandues dans la Francophonie. L'arrière-plan des traducteurs est bien varié. Il s'agit, en effet, de traditions et de tendances différentes, tandis qu'une des traductions a été faite pour des raisons œcuméniques. La Bible de Jérusalem (TBJ) pourrait être considérée comme une version catholique-romaine. Elle est parue en 1956 sous le nom "La Sainte Bible traduite en français sous la direction de l'Ecole biblique de Jérusalem". Ce sont des pères dominicains qui ont fondé l'École biblique St Étienne à Jérusalem. Leur traduction peut être considerée comme un fruit du mouvement biblique lancé dans l'Eglise Catholique au lende-main de la Seconde Guerre mondiale. La Bible à la Colombe, (TSC) parue en 1978, est une révision moderne de la traduction du XIXe siècle, faite par Louis Segond, docteur en théologie à Ge-nève, une œuvre qui a eu beaucoup de succès dans le protestantisme francophone. L'Alliance Biblique Française a initié cette nouvelle traduction dont le nom officiel est "La Sainte Bible traduite d'après les textes originaux hébreu et grec". Pourtant, elle est plus connue comme La Bible à la Colombe, à cause d'une colombe représentée sur la couverture. Actuellement, cette traduction est appréciée dans les milieux protestants-évangéliques. Elle a été élaborée par une commission de théologiens, de pasteurs et de laïcs de Belgique, de France et de Suisse. Les Saintes Écritures. Traduction du monde nouveau (TMN) est une version publiée en 1974 et révisée en 1995 par l'organisation des Témoins de Jéhovah, Watchtower Bible and Tract Socitey of New York. Il s'agit, en effet, d'une traduction de leur édition anglaise, "mais l'hébreu et le grec ont été régulièrement consultés."(7) L'équipe des traducteurs a choisi de rester anonyme dans le sens où les noms ne sont pas connus. C'est l'organisation des Témoins de Jéhovah qui assume la responsabilité de cette version de la Bible. En 1985, La Bible traduite et présentée par André Chouraqui (TCQ) est parue en France. Cette traduction d'un homme israélite met en évidence plus que les autres la forme sémitique de la Bible. Pour le Nouveau Testament, "Un Pacte Neuf", le traducteur cherche l'arrière-plan hébraïque des expressions grecques du texte original. "La bonne méthode devait consister à lire chaque mot grec du Nouveau Testament par référence aux significations du mot auquel il correspondait en hébreu."(8) Finalement, La Traduction œcuménique de la Bible, (TOB) publiée en 1975, est issue des efforts interconfessionnels, comme l'indique son nom. L'initiative est venue des Pères dominicains, qui ont certainement été encou-ragés par les ouvertures à l'œcuménisme du concile Vatican II. Pour chaque livre biblique, les traducteurs ont formé des équipes de deux, un protestant et un catholique, qui ont travaillé ensemble pour trouver une traduction commune. Ce que nous voudrions étudier, c'est d'abord, s'il est possible de trouver un message commun dans les différentes traductions. Quelles sont les différences? Les variations éventuelles, sont-ce seulement de petits détails sans importance réelle ou s'agit-il effectivement de bibles différentes? Dans un second temps, nous voudrions voir si l'on peut apercevoir des traces d'interprétations dues aux traditions et aux tendances des traducteurs. Dans ce cas, lesquelles? Ont-elles une importance religieuse au niveau dogmatique?
1.2 Textes bibliques Quant aux textes bibliques à étudier, il faut se limiter. Nous en avons donc choisi deux du Nouveau Testament, qui sont assez connus: Le Sermon sur la montagne dans l'évangile de Matthieu, les chapitres 5 à 7, et Le Prologue de l'évangile de Jean, au chapitre 1, les versets 1 à 18. Le premier contient l'enseignement que Jésus donne aux apôtres sur le versant d'une montagne au bord de la mer de Galilée. Le deuxième qui introduit l'évangile de Jean, c'est une présentation de Jésus donnée aux lecteurs par un des apôtres. Ce choix de textes n'a pas été fait au hasard. Il s'agit de deux passages clés du message biblique, deux passages qui résument assez brièvement le contenu des livres du Nouveau Testament: Qui est Jésus et quel est son message? La foi chrétienne est une foi dans le Christ. Les deux textes de Matthieu et de Jean proposent aux lecteurs de la Bible une présentation du Christ Jésus quant à son origine, sa personnalité, son message et son peuple. Une question importante est donc celle-ci: Comment les cinq traductions étudiées, réflètent-elles Jésus et la foi chrétienne sous ces différents aspects? Les deux textes sont parmi les plus connus du Nouveau Testament des hommes en général. Le style et le contenu diffèrent beaucoup entre eux, mais le thème de la Lumière les relie, ce qui rend leur choix encore plus intéressant dans une comparaison comme celle-ci. Toutefois, ces deux passages ne doivent pas être considérés isolés de leur contexte biblique; il faudra tenir en compte d'autres textes, pour bien les comprendre. En effet, leur meilleure lecture a lieu à la lumière du Nouveau Testament en entier! Et comme nous allons le voir plus tard, les deux textes sont même fondés dans l'Ancien Testament. Le Sermon sur la montagne ne peut guère être compris sans son arrière-plan des lois de Moïse qui sont à trouver dans les tous premiers livres de la Bible. Dans le Prologue de Jean, l'on voit très clairement des parallèlles avec le premier chapitre de la Genèse, le début de la Bible. Nous avons déjà vu que la Bible, la Parole de Dieu, est estimée comme une lumière par beaucoup de croyants. Mais cette expression est aussi une métaphore du Christ, ce qui est montré dans le Prologue de Jean qui le présente comme la parole qui était au commencement avec Dieu. "C'était la véritable lu-mière qui en venant dans le monde, éclaire tout homme."(9) Quelques chapitres plus tard dans ce même évangile, Jésus dit : "Je suis la lumière du monde."(10) Et encore plus tard: "Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde."(11) Il est possible de comprendre le Sermon sur la montagne comme la demande de Jésus à ses disciples de devenir ses successeurs en tant que re-présentants du Royaume des cieux. Ainsi il leur dit: C'est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maision. Que votre lumière brille ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos œuvres bonnes, et glorifient votre Père qui est dans les cieux.(12) Le titre de ce travail est donc tiré du thème qui relie les deux textes, la lumière qui est venue dans le monde pour vaincre les ténèbres.
1.3 Exemples de problèmes Pour donner un exemple des problèmes des textes bibliques en français, nous citons les passages qui ouvrent le Prologue et le Sermon sur la montagne: Jean 1:1
Matthieu 5:3
Les différentes versions des deux versets, ont-elles la même source biblique? S'agit-il de la même Bible? Dans ce cas, comment est-il possible de traduire un texte si différemment? Le Verbe, la Parole, le logos; ces expressions, sont elles des synonymes? Et pour quelle raison, l'une des traductions, parle-t-elle de Dieu, l'autre d'un dieu et la troisième d' Elohîm? Autre question: Quel est le lien entre "Heureux" et "En marche" ; "une âme de pauvre" et "les humiliés du souffle!" ? Et pourquoi, l'un des traducteurs, parle-t-il des "Cieux", mais l'autre des "ciels" ? Est-ce que certaines traductions sont plus fidèles au texte original, c'est-à-dire aux manuscrits grecs des écritures du Nouveau Testament, tandis que d'autres sont davantage orientées vers les lecteurs français? Pour trouver la réponse à nos questions nous allons étudier et comparer les mots et les expressions particuliers, choisis par les différents traducteurs, c'est-à-dire ceux qui semblent importants pour la compréhension du texte et ceux qui paraissent les plus pertinents pour d'atteindre notre objectif. Dans le cas de variations grammaticales qui peuvent avoir une influence sur l'interprétation du message évangélique, cela aussi doit être sujet de notre étude. Les notes marginales et divers commentaires seront consultés en vue d'une meilleure compréhension des traductions françaises des deux textes évangéliques.
2. LES ÉNONCÉS DE MATTHIEU ET JEAN Avant d'étudier les énonciations des cinq traducteurs du message biblique, nous allons chercher l'énoncé du texte original. Le terme énoncé peut être défini dans la comparaison avec une phrase: Une phrase, dès qu'elle est prononcée dans un certain contexte (circonstances, moment, lieu, interlocuteurs...) et dans un certain contexte (on entendra par ce terme l'entourage linguistique de la phrase), devient un énoncé unique. L'énoncé est du domaine de l'effectif. Une même phrase peut être répétée six fois mais ces six occurrences de phrases donneront six énoncés différents. (18) L'énoncé d'un texte signifie donc le message adressé à ses récepteurs, ce que l'auteur veut transmettre aux lecteurs et ce que ceux-ci à leur tour comprennent comme l'essence de son discours. Les énoncés des auteurs évangélistes, leur message aux lecteurs de la Bible, devraient être apparents dans la comparaison des différentes traductions françaises. Qu'ont-t-ils en commun? Quel est le message que nous apportent Jean et Matthieu sans que les traducteurs français le transforment par leur soliloque particulier? C'est vrai qu'il y a, depuis longtemps, un débat sur la question des au-teurs des évangiles: Sont-ce vraiment les premiers apôtres, nommés Jean et Matthieu qui sont à l'orgine de ces œuvres? Ou ont-elles été créées beaucoup plus tard dans l'histoire de l'Église? Pourtant, comme ce problème n'entre pas dans le cadre de ce travail, nous n'allons pas y chercher la réponse. Cette question pourrait être étudiée ailleurs. Nous adoptons simplement l'ancien point de vue de la tradition chrétienne qui voit en Matthieu et Jean deux des premiers disciples de Jésus. En effet, l'Evangile est annoncé par quatre différents énonciateurs: Matthieu, Marc, Luc et Jean. Bien qu'il existe des différences entre les trois premiers, c'est-à dire les évangiles synoptiques (19) , ils se ressemblent beaucoup.
2.1 L'originalité de l'Evangile selon Matthieu Le théme principal de l'Evangile selon Matthieu, c'est "Le Royaume des cieux", une expression employée 32 fois par l'auteur. Son livre est construit autour de cinq grandes parties d'enseignement de Jésus qui montrent bien l'importance de ce thème. La composition du livre, d'après la proposition de TBJ en témoigne. Hors d'une introduction racontant la naissance et l'enfance de Jésus (ch.1-2) et la partie finale qui parle de sa passion et de sa résurrection (ch.26-28), l'on trouve ce plan: 1. La promulgation du Royaume des Cieux 2. La prédication du Royaume des Cieux 3. Le mystère du Royaume des Cieux 4. L'Eglise, prémices du Royaume des Cieux 5. L'avènement prochain du Royaume des Cieux Par analogie avec le thème du Royaume des cieux, Jésus est présenté comme le Roi du peuple de Dieu. Il est le Messie, tant attendu des Juifs, le fils de David qui allait restaurer Israël, la nation élue de Dieu. La devise sur la croix, au dessus de la tête de Jésus, avait, certes, une signification ironique. Mais d'après l'interprétation de Matthieu, cet énoncé était conforme à la réalité: "Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs"(22)
2.2 Le quatrième évangile Au lieu de parler du Royaume (23) des cieux, Jean soulève dans son évangile l'expression "la vie éternelle"(24) , un bien eschatologique que les croyants possèdent dès maintenant. Cette vie est possible uniquement par la foi en Jésus, le Fils de Dieu, qui est le seul chemin qui mène à la communion avec Dieu. Jean cite la parole de Jésus aux dis-ciples: "Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi."(25) Une manière d'étudier l'évangile de Jean, c'est de suivre le combat entre la foi et l'incrédulité, entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort. Cette distinction en deux mondes opposés est d'ailleurs bien typique du livre. Une autre approche du quatrième évangile, c'est l'étude de la présentation du personnage principal, c'est-à-dire Jésus. L'objectif de l'auteur, c'est de montrer aux lecteurs son originalité et sa divinité en vue de susciter leur foi. "Mais ceci est écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant, vous ayez la vie en son nom."(26)
2.3 Différence et point commun entre les deux évangiles La différence entre Matthieu et Jean, c'est que le premier accentue la nécessité que les disciples entrent dans le Royaume des cieux, qu'ils obéissent aux ordres du Roi Jésus et qu'ils vivent comme des lumières dans le monde, tandis que le deuxième souligne le besoin de croire en Jésus en tant que le Fils de Dieu, afin d'entrer dans la vie éternelle. Le point commun entre les deux évangiles, c'est qu'ils traitent tous les deux du rapport entre Dieu et l'homme ainsi que du rôle de Jésus dans cette relation. En effet, les noms Dieu et homme sont les noms les plus fréquents dans nos textes, ce qui indique combien les évangiles met l'accent sur l'importance de la relation entre les deux.
2.4 Le Sermon sur la montagne Le Sermon sur la montagne est considéré par beaucoup comme le sommet du premier évangile. Il contient une partie importante de l'enseignement de Jésus sur le Royaume des cieux. Son message s'adresse aux disciples, car ce sont eux qui se sont approchés de lui pour l'écouter. (27) Qui sont ces disciples? L'on parle des douze apôtres de Jésus. Mais les mots disciple et apôtre ne sont pas des synonymes dans le Nouveau Testament. Apôtre est une expression biblique qui désigne un disciple chargé d'un certain ministère dans l'Église, celui de transmettre l'Évangile au monde non-chrétien, c'est à dire la mission. Disciple, par contre, signifie tout croyant, chacun qui répond favorablement à l'appel de Jésus: "Convertissez-vous: le Royaume des cieux s'est approché!" (28) La demande est de suivre Jésus. L'objectif des douze apôtres était de faire de toutes les nations des disciples par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et en leur enseignant à garder tous ce que Jésus avait prescrit. Donc, le Sermon sur la montagne concerne tous les disciples de tous les temps. Le fait de devenir disciple et d'entrer dans le Royaume des cieux est décrit par Matthieu comme une conversion (29), une repentance (30) et un retour (31) à Dieu. Par cette expérience commence une vie différente de celle du monde non-croyant. Le thème du Sermon sur la montagne, c'est justement comment cette vie se distingue de ceux qui ne sont pas citoyens du Royaume des cieux.
2.5 Le Prologue de Jean Le Prologue de Jean est une brève introduction au quatrième évangile, dans laquelle l'auteur montre l'origine et la divinité de Jésus. Comme nous l'avons déjà vu, cet évangile met l'accent sur la foi en Christ et la vie éternelle. L'expression se convertir, employé par Matthieu, n'est jamais utilisée par Jean; dans son œuvre, la même expérience est décrite ainsi: croire par Jésus.(32) Ce passage de 18 versets traite de la relation entre Dieu et Jésus. Celui-ci est présenté comme la Parole de Dieu (33) par laquelle le monde a été crée. Ceux qui croient en lui deviennent enfants de Dieu (34) et entrent dans son royaume (35). Le Prologue est à comprendre comme une ouverture qui indique en peu de mots le thème qui sera développé plus profondement par la suite de l'évangile: Tous ceux qui croient en Jésus, le seul chemin qui mène à Dieu, auront la vie éternelle.
2.6 Noms et expressions déterminant Dieu et son Fils Le nom de Dieu figurant le plus souvent dans les deux textes, c'est Pater. Toutes les cinq traductions l'ont écrit Père ou père à chaque fois. Dieu est décrit comme le Père de tous ceux qui croient en lui. Ce nom est à trouver 14 fois dans le Sermon sur la montagne et deux fois dans le Prologue. Par ce nom, les auteurs évangélistes décrivent la relation entre les croyants et leur Dieu d'une manière très proche et familière. C'est surtout dans Mt 6 que Dieu est présenté comme un Père qui s'occupe quotidiennement de ses enfants, toujours prêt à les protéger et à pourvoir à leurs besoins. Le passage Mt 6:9-13 peut être considéré comme le sommet du chapitre. Il contient la prière la plus connue dans le monde, le Notre Père. Mais la description de Dieu est aussi exprimée par ces quelques phrases:
Le second nom divin, c'est Theos qui figure 13 fois: 6 dans le Sermon sur la montagne et 7 fois dans le Prologue. La traduction Dieu (ou dieu) est retenue par tous les traducteurs à l'exception de Chouraqui qui s'écarte des autres par son emploi du nom Elohîm. Le nom Theos figure plus fréquemment dans le Prologue que dans le Sermon sur la montagne. Est-ce parce que Matthieu soulève plutôt les dimensions paternelles de Dieu, tandis que Jean souligne la divinité? Oui, certainement! Le nom Iesous (Jésus) figure seulement une fois dans le Sermon sur la Montagne et une fois dans le Prologue. D'autres noms et expressions sont les suivants: Kurios (Seigneur) (40) , Logos (Parole), O monogenes uios (le Fils unique), Christos (le Christ), O megalos basileus (le grand roi).
2.7 D'autres noms substantifs fréquents Le vocabulaire employé indique bien les pensées des auteurs. Les noms substantifs les plus fréquents (41) dans l'ensemble des traductions des deux textes sont les suivants (42) :
Le mot ciel signifie le trône de Dieu , la maison du Pére céleste: "Notre Père qui est dans les cieux..."(44). Il est question d'un lieu opposé au monde, la maison des hommes. Claude Tassin, professeur de l'Écriture sainte à l'Institut catholique de Paris, commente Mt 6:10: "Dans le judaïsme ancien, l'opposition ciel/terre est moins spatiale que qualitative. Le "ciel" symbolise la part de l'univers qui est déjà pleinement soumise au règne de Dieu. Nous souhaitons que notre "terre" soit à l'image de ce "ciel".(45) Le ciel est aussi le lieu où les croyants doivent amasser des trésors éternels, ce qui se fait par une vie d'obéissance à Jésus. (46) Le même mot indique, en plus, l'atmosphère au-dessus de la terre, l'espace des oiseaux: "Regardez les oiseaux du ciel..."(47) "L'expression le Royaume des cieux signifie le Règne de Dieu, l'existence où sa volontée est accomplie. Cette interprétation ressort, entre autre, de la prière dont nous venons de citer le début et qui contient même cette phrase: "que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel."(48) Dans son enseignement, Jésus parle souvent de l'œil des hommes. Il dénonce l'ancienne tradition juive "Œil pour œil et dent pour dent"(49) et apprend à ses auditeurs que les citoyens du Royaume des cieux doivent aimer leurs ennemis et prier pour leurs persécuteurs. Il parle aussi de l'œil comme un danger, s'il laisse entrer les ténèbres dans la vie du disciple (50). Dans ce cas il vaut mieux l'arracher et le jeter loin de soi, sinon le corps entier risque d'être jeté dans la géhenne (51). Mais pour les moralistes qui sont toujours prêts à juger leur prochain, Jésus a autre chose à dire au sujet de l'œil: Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés. Oui, du jugement dont vous jugez vous serez jugés; de la mesure dont vous mesurez, il sera mesuré pour vous. Tu vois le fétu dans l'œil de ton frère; mais la poutre, dans ton œil à toi, tu ne l'observe pas! comment dis-tu à ton frère: 'Laisse-moi chasser le fétu de ton œil' quand tu as toi-même une poutre dans ton œil? Hypocrite, chasse en premier la poutre de ton œil; après quoi, tu verras clair pour chasser le fétu de l'œil de ton frère. (52) Le mot frère, signifie un membre du peuple de Dieu, celui qui est entré dans le Royaume des cieux, tandis que le mot homme est employé plus généralement pour tous les êtres humains du monde entier. Quand Jésus annonce aux disciples qu'il ne suffit ni de se dire chrétien, ni de prier pour être un vrai disciple et pour entrer dans le Royaume des cieux, il parle paraboliquement de l'arbre qui produit du bon fruit (53). Il faut que la vie et les œuvres des disciples fassent preuve de leur foi. Il faut faire la volonté du Père qui est aux cieux (54). Un vrai chrétien produit du bon fruit par sa vie au milieu du monde. Le mot Lumière est une expression importante dans le Prologue, où elle est opposée aux ténèbres, la description du monde qui s'est éloigné de Dieu. En Jésus la lumière est venue dans le monde pour "éclairer tout homme" (55). Ce même terme lumière, employé par Matthieu, décrit la mission des disciples dans le monde. Les citoyens du Royaume des cieux sont devenus des lumières pour briller devants les hommes. Cela ne se fait cependant pas dans le sens de supériorité. Tout en restant doux et humbles, les disciples doivent briller comme des lumières afin que le monde puisse voir le reflet de Dieu et qu'il lui rendent gloire. Toute hypocrisie et toute volonté de se montrer meilleur que d'autres sont fort condamnées par les paroles de Jésus à Mt ch.6. Un autre mot important dans le Prologue, c'est la grâce. Cet expression indique que la venue de Jésus dans le monde pour le sauver dépend uniquement de l'amour de Dieu, ce qui est expliqué encore plus clairement au ch.3 v.16: "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle."(57) Le mot témoignage, finalement, est employé dans le Prologue pour définir la mission de Jean le Baptiste: "Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui."(58) Une différence entre les deux textes quant aux noms substantifs employés, c'est que le Sermon sur la montagne parle souvent du ciel et des cieux, tandis que le Prologue met l'accent sur le monde et le fait que Jésus y est venu pour habiter au milieu des hommes et pour les sauver des ténèbres. Jean montre que Dieu a allumé la lumière dans le monde des ténèbres, tandis que Matthieu insiste sur l'appel et l'encouragement de Jésus aux disciples de le suivre afin de devenir eux aussi des lumières brillantes pour tous les hommes. Peu importe que ce soit des frères, des adversaires ou même des persécuteurs; il faut que tous voient cette lumière céleste et qu'ils aient la possibilite de rendre grâce à Dieu. Les énoncés de Matthieu et Jean pourraient être brièvement résumés ainsi: Dieu, le Père céleste, a laissé entrer dans le monde des ténèbres une lumière brillante par l'envoi de son Fils Jésus. C'est par la foi en lui que les hommes entrent dans le Royaume des cieux et deviennent ses disciples. Cette expérience est à comprendre comme la conversion à une existence différente: la vie éternelle. La tâche des disciples est désormais d'être des lumières aux autres afin qu'eux aussi puissent trouver l'amour de Dieu. Une telle mission ne s'accomplit pas d'autre manière que par des œuvres qui réflètent cet amour divin. Malgré les diverses différences dans le choix de mots, d'expressions et de tournures de phrases, il est tout à fait possible de trouver un message commun dans les cinq traductions. Les énoncés de Matthieu et de Jean y restent universels, quoique les différentes énonciations ne mettent pas toujours l'accent identiquement là-dessus, ce que nous allons voir par la suite.
3. LES ÉNONCIATIONS DES DIFFÈRENTS TRADUCTEURS Énonciation signifie ici la manière du traducteur de transmettre au lecteur de la Bible les énoncés des textes de Matthieu et Jean. Les cinq traductions ne sont pas pareilles! La décision des traducteurs de publier leur propre version de la Bible est certainement due au fait qu'ils espèrent tous être en position de pouvoir traduire mieux que les autres les textes grecs et hébreux. Ce qui nous intéresse, c'est donc de trouver le soliloque de chaque traducteur. Qu'y a-t-il de particulier dans les diverses traductions?
3.1 Les noms de Dieu Commençons par l'étude des noms divins que l'on trouve dans le Sermon sur la montagne et le Prologue! Dans le texte grec nous en avons trouvé trois désignants Dieu: Theos, Kurios et Pater. Les trois versions, les plus traditionelles (59), ne diffèrent pas dans leur traduction de ces noms. Elles écrivent à chaque fois Dieu, Seigneur respectivement Père. Ce qui les distingue un peu, c'est la manière de combiner le nom avec son déterminant, le choix de la préposition ou la tournure de la phrase comme le démontrent ces exemples où nous avons marqué en italique les variantes: Mt 6:1
Mt 6:6
Mt 6:8
Quant à Mt 6:6, il semble que TBJ et TOB soulignent plus que TSC la présence et la proximité du Père auprès des disciples. Cette impression nous est donnée par leur ajout de l'adverbe là: "ton Père qui est là dans le secret". TSC, par contre, y ajoute le nom lieu, encadré par une parenthèse, indiquant que ce mot ne figure pas dans le texte original, "mais qu'il est necessaire en français pour une bonne compréhension de la phrase"(60). C'est donc une manière du traducteur de montrer sa fidélité au texte original, en même temps qu'il essaye d'être fidèle à la langue française. Mais, n'est-il pas plutôt gênant de trouver des parenthèses inutiles dans le texte biblique?
3.2 Une Bible polythéiste? Si les différences entre TBJ, TSC et TOB concernant la manière de traduire les noms de Dieu n'ont pas d'importance majeure, TMN s'en distingue plus clairement. Elle traduit le nom Kurios par Jéhovah (61); elle décrit une fois Theos comme un dieu (62) et elle parle également une fois du Pater comme un père (63). Un premier exemple est donné dans ce passage: "Vous avez encore entendu qu'il a été dit à ceux des temps anciens: 'Tu ne dois pas jurer sans tenir, mais tu dois t'acquitter envers Jéhovah de tes veux.' "(64) Dans ce verset, le nom du texte grec est bien Kurios qui signifie Seigneur, mais d'après l'éditeur Watchtower Bible and Tract Society, cela serait dû à une erreur de ceux qui ont copié les manuscrits originaux. Ils auraient éliminé du texte grec le nom divin décrit par le tetragramme IHVH que l'on trouve dans les manuscrits hébreux de l'Ancien Testament et l'auraient remplacé par Kurios, et cela parce qu'ils n'auraient pas compris ou apprécié l'importance du nom divin.(65) La traduction de Theos dans TMN est démontrée par ce passage tiré du Prologue: "Au commencement la Parole était, et la Parole était avec Dieu,et la Parole était un dieu."(66) Ici, le nom Theos est traduit différemment
les deux fois dans le même verset. D'abord, c'est Dieu avec un D
majuscule et ensuite un dieu avec un d minuscule.
L'explication de l'éditeur de TMN, c'est que la première
fois le nom Theos est précédé par l'article défini,
O Theos. Cela signifierait que le nom est un substantif au nominatif,
tandis que la deuxième fois, quand il n'existe pas d'article, le
nom Theos serait plutôt à comprendre comme un adjectif désignant
un attribut, une qualité. Le message du verset serait donc, que
la Parole était avec Dieu et la Parole était divine
(67). Ou plutôt, si l'on suit TMN à la lettre, que
Jésus est un autre dieu que Jéhovah. Dans ce cas, il faudrait
appeler TMN une Bible polythéiste, ou peut-être dithéiste
(68), parce qu'elle parle de deux différents
dieux au lieu de garder l'unité entre Dieu le Père et son
fils Jésus, comme le font les traditions qui se disent monothéistes.
TMN parle ici, dans Jn 1:14 d'un père indéfini, (ce que fait aussi TCQ), tandis que TBJ parle du Père, c'est à dire Dieu . Le premier dépeint en images la relation entre Jésus et Dieu, tandis que le deuxième présente plus concrètement que Dieu est le Père de Jésus. L'explication du choix de TMN est ici la même que celle concernant Jn 1:1: le manque d'article défini devant le nom substantif.
3.3 Une Bible athée Notre cinquième traduction, TCQ, diffère encore plus nettement dans l'écriture des noms de Dieu. L'auteur, André Chouraqui, annonce dans son autobiographie, que sa Bible est la première et actuellement la seule Bible au monde à être une Bible sans Dieu. Une Bible athée? Très exactement. (69) Ces paroles ne doivent toutefois pas être interprétées comme une déclaration de non-croyance. Dans son autobiographie, Chouraqui déclare ouvertement son amour pour le Créateur de l'univers: J'aime IHVH-Adonaï Elohîm parce qu'il est l'Être reçu en ses Puissances de vie. On doute de Zeus, ou de Théos, mais le pourrait-on de IHVH-Adonaï qui, par définition, est l'Être qui a été, qui est et qui sera, celui qui me fait être et m'habite. (70) Le traducteur israélite et sa Bible sont athées dans le sens qu'ils n'approuvent point le nom grec Theos, ni sa traduction française Dieu dans les textes bibliques. Chouraqui reproche même aux traducteurs de la Bible leur manière de changer de nom du Créateur et de le présenter aux lecteurs sous les noms des idoles. Or pas une seule des milliers de traductions de la Bible n'a jamais eu la courtoise ou l'élementaire respect de désigner IHVA-Adonaï Elohîm par son seul vrai nom. Toutes s'ingénient à lui trouver des surnoms qui ne sont pas dénués parfois d'une certaine cocasserie. (71) Par conséquent, le nom grec Theos qui dérive de Zeus -l'idole
olympien!- le traducteur de TCQ le refuse. Fidèle à ses
racines juives, il le remplace par le nom hébraïque
Elohîm qui apparaît au chapitre initial de la Genèse.
Sa manière de traduire l'ouverture du Prologue en faisant allusion
à la première partie de la Bible est d'ailleurs remarquable:
Elohîm, c'est la forme plurielle du nom El, un nom qui peut être employé même pour les idoles, donc une expression neutre contrairement au nom Dieu. Les idoles ne seraient pourtant que des figures mythiques, selon l'auteur de TCQ (72). Elohîm, par contre, l'unique Créateur vivant, c'est lui qui aurait créé l'univers par moyen de sa parole, un monde plein de vie et de lumière. Les idoles ne representent que ténèbres et abîmes. Sous le nom Elohîm, l'unique Créateur s'est révelé aux patriarches d'Israël: Abraham, Isaac et Jakob. Le deuxième nom, représenté par le Tétragramme IHVH est constitué des quatre consonnes du nom divin par lequel le Créateur s'est révelé au Moïse dans le désert (73). D'après ce récit, la signification de son nom, c'est Je serai qui je serai (74). Les juifs n'osaient pas dire ce nom très saint, de peur de le prononcer incorrectement. C'est pourquoi ils l'ont remplacé par Adonaï qui signifie Seigneur. Lorsque la Bible hébraïque, l'Ancien Testament des chrétiens a été traduite en grec, la langue universelle des centaines av. J.-C. , le nom divin fut écrit Kurios. TCQ nous ramène aux racines hébraïques par son écriture IHVH-Adonaï (76). La traduction des deux passages de nos textes contenant Kurios s'écrit
ainsi:
Une différence entre TCQ et TBJ, à part la traduction de Kurios, c'est que TCQ parle ici du Créateur, tandis que dans TBJ il est question de Jésus, parce que c'est lui qui parle. L'interprétation de TCQ n'est pas fondée dans le texte grec. Elle ne tient pas compte du pronom personel me qui indique que Jésus parle de lui-même comme le Seigneur. Aucun manuscrit grec omet le pronom moi dans ce verset.
3.4 Les noms de Jésus Le nom Iesous (77) est écrit Jésus dans quatre des versions. Seule TCQ a gardé la forme hébraïque Iéshoua. Ainsi, TCQ garde, non pas seulement le caractère sémitique du nom, mais aussi le lien avec des personnages dirigeants dans l'histoire du peuple hébreu, comme par exemple Iéhoshua (Josué) le successeur de Moïse en tant que conducteur de la nation. N'est-il pas un peu étonnant que les traductions élaborées dans la tradition chrétienne ont préféré l'écriture grecque ou plutôt romaine Jésus? De cette manière elles ont manqué une indiquation donnée déjà par le nom hébraïque que le personnage principal du Nouveau Testament est entré dans la succession des dirigeants du peuple de Dieu. Surtout que Jean insiste sur le fait que Jésus est le vrai successeur et le remplaçant de Moïse (78). L'importance des noms personels ainsi que le symbolisme dans la culture hébraïque sont d'une autre valeur que dans notre société occidentale, ce que nous avons déjà indiqué par la citation de Hélène Marchessou (79). Une fois dans les textes (80), nous trouvons la combinaison Iesous Cristos (81). Quatre des traductions écrivent Christ comme un nom supplémentaire (82), tandis que TCQ écrit Iéshoua le messie, ce qui indique que le messie est un titre. L'arrière-plan de l'expression le messie est à trouver, entre autres, dans le récit de l'acte de désignation du jeune berger David pour roi en Israël (83). Le prophète Samuel oint d'huile la tête de David pour montrer que Dieu l'a désigné afin qu'il remplisse le rôle de roi de son peuple. Cet acte de signification religieuse symbolise que Dieu emplit son serviteur de son Esprit, de force et de sagesse pour qu'il puisse devenir le chef de tout le peuple. L'expression le messie dérive du verbe hébraïque masah qui signifie oindre d'huile. La référence à Jésus est à trouver dans le récit de son baptème (84) qui raconte que l'Esprit de Dieu déscend sur lui. Plus tard, Jésus déclare: "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres."(85) Dans la plupart des traductions, Christ est devenu un nom complément à Jésus, un nom qui n'est pas vraiment expliqué aux lecteurs. Dans TCQ, par contre, cette expression a perdu son statut de nom. Ici, c'est la fonction, le ministère de Jésus qui est soulevé par l'écriture le messie.
Le début du Prologue est marqué par la présence du Logos. Ceci est un terme des anciens philosophes grecs. Au temps de la genèse du quatrième évangile, ce nom était connu comme une expression désignant la raison de l'univers, la pensée et la force impersonnelle qui dirige tout dans le monde. Bien que les hommes en général n'aient pas été familiers des courants philosophiques, l'expression logos était reconnue comme quelque chose d'une grande importance. L'exégète René Kieffer (86), un des collaborateurs de l'équipe des auteurs de TOB, soutient une autre source du tèrme logos. Selon lui, ce serait des pensées qui sont à trouver dans la traduction araméenne, le Targum, qui relie l'expression "memra" à la présence dans le monde et dans l'histoire d'Israël du Dieu de Moïse, c'est à dire le Dieu qui parle dans l'Exode 3:14 et se nomme "Je suis qui je serai."(88) Kieffer dit que la construction johannique transmettant la parole de Jésus "Je suis...", souvent répétée dans le quatrième évangile, pourrait être une indication que Jean était familier avec les idées des targumistes (89) du Ve siècle av. J.-C.(90) Le mot logos signifie parole. C'est aussi la traduction de cette expression donnée dans les versions TMN et TSC. Ces deux versions montrent ainsi plus que les autres l'identitification de Jésus avec la parole de Dieu par laquelle le monde a été créé d'après le récit du premier chapitre de la Genèse. Toutes les cinq traductions sont pourtant d'accord sur cette interprétation quant à l'identité du logos. Dans les notes marginales, TBJ et TOB indiquent la référence au texte de la Genèse où Dieu crée l'univers par sa parole. Cependant, leur traduction de l'expression logos, c'est le Verbe. Ainsi, elles soulignent plus que les autres l'activité créatrice de la parole de Dieu. Alors que la Parole n'indique que des mots prononcés, le Verbe est une expression pleine de vie, de force et d'activité. Un problème lié à cette traduction, c'est pourtant qu'elle semble transformer les paroles de Jean en langage religieux. Est-ce vraiment conforme à la pensée de l'auteur de l'évangile? La traduction choisie par TSC et TMN, la Parole, paraît plus neutre. TCQ choisit de garder l'expression grecque sans la traduire. Mais dans une note, cette explication est donnée : "logos: Le mot grec correspond au dabar hébreu: parole vivante, efficace."(91) Cette définition pourrait éventuellement expliquer le choix de l'expression le Verbe dans les versions TBJ et TOB. Mais dans ce cas, les traducteurs sont allés au-delà du texte grec pour trouver leur interprétation sans le justifier. Le lecteur de TCQ aurait dû s'attendre à trouver l'expression israélite au lieu du terme grec. Surtout que le mot dabar a une significance beaucoup plus vaste que les traductions en d'autre langues. Le mot hébreu ne signifie pas seulement parole, mais aussi action. La parole prononcée par Dieu est une action efficace.
3.5 L'originalité de Jésus Toutes les cinq versions annoncent que Jésus n'était pas comme les scribes juifs: "les foules étaient frappées de son enseignement: car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes."(92) Les auditeurs du Sermon sur la montagne étaient certainement étonnés
d'entendre Jésus mettre en question les anciennes traditions et
les interprétations rabbiniques des lois de Moïse. Mais pourquoi
cette autorité? D'où venait-elle? Quelle était l'originalité
de Jésus? Une réponse pourrait se trouver dans le Prologue
où la naissance de Jésus est exprimée ainsi:
Seule TCQ reste fidèle au texte original grec, parce qu'il est vraiment question d'une tente qui a été dressée dans le monde (94). Ainsi, elle indique un lien avec l'histoire des Hébreux du temps de Moïse et le Tabernacle qui symbolisait la présence de Dieu auprès de son peuple dans le désert. Il a planté sa tente c'est bien là le sens du verb grec eskènôsen (de skène, tente), qui semble recouvrir l'hébreu shakhân, demeurer, d'où l'on a tiré le mot shekhina, qui exprime la / présence bien réelle de IHVH-adonaï dans son Temple. La tente évoque le sanctuaire itinérant d'Israël (voir Ex 33,7-12).(95) La version TCQ pourrait être interprétée comme un indice de la présence divine dans la personne de Jésus, ce que manquent les autres traductions, celles qui ont pourtant été élaborées dans des traditions prétendues chrétiennes! L'origine de Jésus est toutefois à trouver bien au-delà
de sa naissance; toutes les cinq versions sont d'accord là-dessus,
ce que montrent leurs traductions du début du Prologue (96):
Les cinq versions s'accordent toutes sur l'interprétation de la préexistence de Jésus en tant que le Verbe / la Parole / le logos. TBJ, TOB, TSC et TCQ vont jusqu'à son identification avec Dieu en tant que Parole. TMN en revanche le distingue de Dieu par son écriture un dieu, démontrant ainsi que Jésus est bien divin, mais il est un autre dieu, un dieu écrit par un d minuscule qui ne doit pas être confondu avec Dieu Jéhovah. Une différence semblable apparaît dans les traductions de
Jn 1:18 où il est question de Jésus, le seul qui explique
Dieu au monde. L'expression de la phrase désignant Jésus
est écrite ainsi:
l'unique Elohîm l'expression prête à diverses traductions et interprétations, Au demeurant, les manuscrits offrent plusieurs variantes: suppression de l'article; theos (Dieu) remplacé par huïos (fils). On pourrait comprendre: 'l'unique né d'Elohïm' (97) Une variante, à laquelle nous reviendrons dans la partie 4:1,
c'est la traduction de Jn 1:12-13 où TBJ s'écarte des autres
par sa manière d'appliquer à Jésus, le Verbe, ce
que selon les autres versions parle des croyants. Là, où
toutes les autres expliquent la naissance spirituelle des enfants de Dieu,
TBJ annonce la naissance virginale de Jésus (98):
3.6 Le message de Jésus Dans le Sermon sur la montagne Jésus enseigne les principes de son Règne. Ils sont surtout orientés vers les disciples, c'est à dire les citoyens du royaume: Quel sont leur rôle et leur situation là-dedans? Les versions diffèrent dans la réponse, ce que montrent ces quelques exemples: Les béatitudes (99), la prière Notre Père (100) et la règle d'or (101), trois passages très connus de l'Évangile. Les béatitudes introduisent le sermon de Jésus et commencent
ainsi (102):
Mais TBJ déclare aussi que la pauvreté effective est envisagée dans la parole de Jésus: Bien que la formule de Mt 5 3 souligne l'esprit de pauvreté chez le riche comme chez le pauvre, ce que le Christ envisage généralement est une pauvreté effective, en particulier pour ses disciples...Lui-même donne l'exemple de la pauvreté... et de l'humilitié,... Il s'identifie aux petits et aux malheureux... (104) L'interprétation de TCQ se distingue des autres par son écriture "les humiliés du souffle". Cette expression désigne ceux qui dans la conscience pacifiée de leur gloire et de leur néant, héritent de la plus éminente des grâces divines: le souffle sacré. Par celui-ci, ils sont faits membres de la communauté eschatologique annonciatrice et ouvrière du monde qui vient. Ils sont ainsi en marche sur la route qui y mène. (105) Le mot hébreu ruah et sa traduction grecque pneuma ont la doubble signification: esprit et souffle dont ce choix de vocabulaire dans TCQ. TCQ traduit d'ailleurs à chaque fois le mot pneuma par souffle. Le début du verset est également traduit fort différement dans TCQ. Là, où les traductions les plus traditionnelles écrivent: Heureux, TCQ choisit l'expression En marche! ce qui est expliqué dans le commentaire de Chouraqui ainsi: En marche le premier mot du Sermon sur la montagne constitue, dans les traductions, le principal obstacle à la compréhension du message de Iéshoua. Makarioï, dit le grec: "Bienheureux", et ce mot oriente d'emblée les commentateurs sur une fausse piste: les "béatitudes" sont supposées acquises d'entrée de jeu, alors qu'elles ne le seront, en plénitude, que dans le royaume de IHVH-adonaï. Or Iéshoua n'a pas dit makarioï, mais ashréi (voir Ps 1,1), exclamation au pluriel construit, d'une racine ashar, qui implique non pas l'idée d'un vague bonheur d'essence hédoniste, mais celle d'une rectitude, iashar, celle de l'homme en marche sur une route sans obstacle, celle qui mène vers IHVH-Adonaï. (106) Il semble que TCQ arrive plus que les autres versions à faire comprendre aux récepteurs du texte l'aspect performatif (107) de la parole de Jésus, car celui-ci ne se contente pas de constater seulement que les pauvres de cœur, les doux, les miséricordieux etc. sont heureux et que le royaume des cieux leur appartient. N'est-il pas par moyen de la parole prononcée de Jésus que ceux-ci sont admis et même entrés là-dedans? Le Oui! de la bouche de Jésus ouvre la porte au royaume. La puissance de la Parole de Dieu tant exposée dans le Prologue est largement démontrée ici par l'énonciation de TCQ. Un autre aspect important, c'est que TCQ, à l'opposé des autres traductions, soutient l'activité et la force des disciples. Le mot Heureux donne à penser à leur situation présente comme une vie passive et dans l'attente d'un avenir où toutes les injustices qu'ils ont subies seront pleinement récompensées. Mais il faut attendre tranquillement la vie aux cieux! L'expression de TCQ En marche! s'écarte très loin des mots exprimant un sentiment de bonheur. La signification de cette traduction, comme Chouraqui le déclare dans la note citée, c'est que Jésus au lieu de parler de sentiments des hommes maltraités et opprimés plutôt parle de la rectitude de ceux qui marchent sur une route qui mène vers Dieu. Leur attention est dirigée vers l'avenir. Cependant, ce n'est pas une attente passive: ce sont des hommes au plein travail pour la construction de l'avenir, le royaume des cieux. Un autre passage des béatitudes, que toutes les cinq versions
ont traduit différemment, c'est Mt 5:9a:
Lorsque TCQ écrit "il seront criés fils d'Elohîm" elle fait allusion aux prophètes de l'Ancien Testament: "Crie le grec crazeïn traduit bien l'hébreu qara et signifie le cri prophétique de l'inspiré. La même racine donne en arabe le mot Qur'ân (Coran) : la criée, l'appel d'Allah."(108) Donc, ici encore, dans la traduction bien différente de TCQ, se remarque l'aspect performatif de la Parole divine. Le verbe appeler n'a pas le même sens performatif des prophètes comme le verbe crier. TMN se distingue des autres versions par son écriture les pacifiques, une construction qui paraît rendre les disciples beaucoup plus passifs. Ils sont heureux parce qu'ils n'exercent pas la violence. L'énonciation des autres traductions soulignent que Jésus parle de ceux qui militent vraiment pour la paix. Ce sont ceux qui sont actifs dans le but d'obtenir la paix qui sont heureux. Ils seront appelés fils de Dieu. Ce que Dieu attend des citoyens de son royaume, c'est qu'ils luttent pour la paix. Le Notre Père est le nom souvent employé
pour la prière que Jésus a appris aux disciples. Elle se
trouve dans le Sermon sur la montagne, Mt 6:9-13 sous cette forme des
cinq versions:
Une première constatation, c'est que le style de certaines variantes paraît plus élevé, noble et soutenu que d'autres. Est-ce que TBJ et TSC sont plus adaptés à la liturgie ecclésiastique que le sont TOB, TMN et TCQ dont le langage employé semble plutôt courant? TBJ se distingue des autres par son usage abondant de la majuscule pour personnifier certaines expressions d'attributs divins: Notre Père, ton Nom, ton Règne, ta Volonté. Quoique cela ne s'entende pas à la lecture à voix haute dans le culte liturgique, l'on pourrait tout de même penser que les majuscules marquent un certain rythme poétique. Autre embrayeur qui indique un langage plus liturgique, c'est le choix de mode verbal dans TBJ. Son usage du subjonctif dans la première partie de la prière la distingue de TOB et TCQ: "Que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne, que ta Volonté soit faite..." Le texte grec n'emploie pas le subjonctif ici. Dans la première partie de la prière, les verbes sont à l'impératif, forme passive à la troisième personne. Comme cette forme n'existe pas en français, il n'est pas injustifié d'employer le subjonctif dans la traduction, mais ce n'est point obligatoire. Il y a en français la possibilité de traduire ce passage en gardant l'impératif; la version de TOB en est une preuve. Le fait que TBJ choisit le subjonctif rend le text du Notre Père plus sacré. Pour les demandes concernant les besoins personnelles TBJ écrit cependant en impératif, comme le font toutes les autres versions: "Donne-nous notre pain quotiden. Remets-nous nos dettes..." Quant au champs du vocabulaire, il faut signaler que "notre pain quotiden" est devenu un terme de sens religieux. L'adjectif grec précisant quel pain demander reste énigmatique. Saint Jérôme traduisait: "Le pain de demain (et il pensait au pain du festin du Royaume), donne-le-nous aujourd'hui." Certains envisagent plutôt une allusion à la manne (cf.Ex 16,19-21) donnée au jour le jour et selon les besoins de chacun....En outre, du pain matériel, le croyant passera aisément à des besoins plus profonds. C'est pourquoi la tradition chrétienne voit ici une demande du pain de la Parole ou de l'Eucharistie: "Nous prions pour que notre pain, c'est-à-dire le Christ, nous soit donné quotidiennement" (saint Cyprien, IIIe siècle.)(109) C'est pareil pour la forme plurielle du mot ciel. Les traductions bibliques écrivent le plus souvant cieux au lieu de la forme du langage courant: ciels. "Le pluriel ciels désigne une multiplicité réelle ou une multiplicité d'aspects; cieux est un pluriel collectif à nuance religieuse ou poétique, qui est remplaçable par le sing. sauf dans l'expr. sous d'autres cieux."(110) Bien que TSC n'emploie la majuscule que dans l'expression Notre Père, elle aussi semble plus liturgique que les trois autres traductions, surtout par son ajout de la doxologie à la fin de la prière: "Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, Le règne, la puissance et la gloire. Amen!" TSC est la seule des cinq versions qui incorpore ce passage dans son écriture du Notre Père. Nous reviendrons à ce problème avec une explication possible dans la partie 4.2. L'ennemi des disciples est décrit de cinq manières différentes: le Mauvais (111), le Tentateur (112), le Malin (113), le méchant (114) et le criminel (115). Les trois premiers parlent apparemment d'une personne, c'est à dire quelqu'un qui personnifie le mal. Les autres, par contre, semblent parler plus généralement d'une puissance ou d'un adversaire qui risque de causer la chute des disciples. Les quatre premières traductions sont d'accord sur la nécessité de prier Dieu de protéger les disciples de la tentation. TCQ s'oppose à cette interprétation des paroles de Jésus et demande à Dieu de ne pas nous faire "pénétrer dans l'épreuve". Le mot grec peirasmos a les deux sens: tentation et épreuve. L'auteur de TCQ explique son choix différent ainsi: Or le terme hébreu qui sous-tend l'expression a très clairement le sens d'épreuve. Son premier emploi est en Gn 22,1, où il concerne l'épreuve à laquelle soumet Abrahâm en lui demandant de lui sacrifier son fils. C'est aussi pour éprouver, et non pas pour tenter Israël qu'il sème les obstacles sur sa route...(116) Le vocabulaire religieux des traductions traditionnelles n'est pas apprécié de l'auteur de TCQ. Au lieu d'écrire Notre Père des cieux, il traduit "Notre père des ciels..." À la version sacrée notre pain quotidien, il préfère "notre part de pain". Ceci semble indiquer l'interprétation que la justice sociale a plus de poids que l'ont les besoins spirituels dans les paroles prononcées par Jésus. Au moins dans cette partie de la prière! TCQ se distingue aussi des autres traductions par son emploi de mode des verbes. C'est vrai qu'elle aussi utilise l'impératif dans la seconde moitié de la prière. Mais dans la première partie où les autres écrivent soit au subjonctif soit à l'impératif, TCQ choisit l'indicatif au présent: "ton nom se consacre, ton royaume vient, ton vouloir se fait..." Ici encore, c'est l'arrière-plan hébreu qui justifie son choix. Le sens des phrases, c'est qu'il est question d'une "action inaccomplie, en développement."(117) Les paroles de la prière constatent ce qui se fait; elles n'expriment ni le souhait ni la demande mais la joie et la certitude que le royaume de Dieu est en train de s'établir. Clôturant cette partie, nous regardons brièvement la règle
d'or, un principe qui n'existe pas seulement dans la Bible. Des paroles
semblables sont à trouver ailleurs. Mais alors que les autres parlent
de ce que l'on ne doit pas faire aux hommes, Jésus dit ce qu'il
faut faire. Jésus ne demande pas la passivité pacifiste
mais une activité d'amour, dont le nom la règle d'or.
Nous faisons trois remarques concernant les traductions de la règle d'or: D'abord, elles résument en peu de mots ce que Jésus vient de dire au sujet de la Loi et les Prophètes (118). Les mots ainsi, donc, et aussi qui introduisent le passage dans les versions respectives démontrent le lien de ce texte à l'enseignement qui le précède. Celui qui suit la règle d'or met en pratique les paroles que Jésus vient d'apprendre aux disciples. Par son omission de traduire le mot oun (119) TSC manque d'indiquer ce lien et cause l'ignorance de beaucoup de lecteurs du poids de cette parole. La règle d'or n'est pas qu'un énoncé parmi beaucoup d'autres; c'est la conclusion de l'enseignement de Jésus sur la Loi. Ensuite, il y a une nuance qui distingue un peu les traductions, au sens où TMN par son usage de l'indicatif transmet aux disciples ce qu'ils doivent faire. TBJ, TSC, TOB et TCQ soutiennent l'ordre du roi. C'est un impératif: "Faites-le!" Enfin, l'on voit dans ce verset une différence bien typique entre le langage de TMN et TCQ: le premier emploie 35 mots pour dire ce que le dernier annonce en 23 mots seulement. TMN est, en fait, une traduction de l'anglais, ce qui pourrait expliquer ses difficultés de s'exprimer brièvement en français sans perdre l'essence du message. TCQ, par contre, est une interprétation du texte grec à partir de l'arrière-plan hébreu. Après cette étude des énonciations des cinq traductions bibliques, nous allons essayer de trouver s'il y existe des traces qui indiquent qu'une certaine tradition ou tendance a conduit les respectives versions.
4. INTERPRÉTATIONS TENDANCIELLES Seul le XXe siècle a vu une centaine de traductions bibliques en français. L'on se demande pour quelle raison elles ont été élaborées. Chaque Église et chaque tradition chrétienne, ont-elles besoin de leur propre version de la Bible? Les cinq traductions que nous étudions, prouvent-elles qu'il y a raison de croire que toute version biblique dépend de la diversité des tendances spirituelles? Notre étude s'est limitée à deux brefs textes du Nouveau Testament. Une étude d'autres passages bibliques donnerait certainement d'autres indications. La question que nous avons posée, c'est: Est-il possible de trouver dans le Sermon sur la montagne et dans le Prologue que les traductions choisies sont tendancielles?
4.1 Une Bible "catholique" Quelles sont les traces de la tradition catholique-romaine dans TBJ? Nous en avons trouvé quelques-unes, d'abord hors du texte et ensuite dans le texte biblique propre. Elles sont à trouver dans les liminaires, les notes et le plan proposé qui est indiqué par des rubriques. Mais aussi dans le style du texte, le vocabulaire et la syntaxe. Catharina Bromée, catholique suédoise, sœur dominicaine, écrit Les catholiques sont encouragés non pas seulement à lire la Bible mais encore à la comprendre correctement. Cela signifie d'abord que la Bible se comprend exclusivement dans la tradition vivante de l'Église... C'est l'Église qui interprète la Bible... La conséquence, c'est que les bibles qui sont imprimées pour l'usage universel doivent avoir des explications.(120) Un sujet du débat au cours de la Réforme du XVIe siècle, c'était le rôle de la Bible dans la vie des chrétiens. Les protestants luttaient pour le droit des individus d'étudier la Bible sans être restreints par la tradition de l'Église. N'est-ce pas une indication de l'influence catholique, le fait que les 13 pages contenant nos textes dans TBJ comptent presque autant de notes explicatives? Par son emploi abondant de notes marginales, TBJ impose aux récepteurs des textes bibliques une interprétation particulière qui pourrait être considérée de tendance catholique. Nous en donnons quelques exemples commençant par le texte propre, suivi d'abord de la note explicative et ensuite de notre commentaire. Mt 5:12b c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers "Les disciples sont les successeurs des prophètes, cf 10 41; 13 17; 23 34." L'interprétation catholique de TBJ donne à croire que les disciples sont entrés dans la succession d'une fonction écclésiastique. Mais la parole de Jésus ne concerne pas seulement les douze apôtres; Jésus parle de tous les chrétiens. La préposition grec pro signifie ici avant dans le sens temporel. Les prophètes vivaient avant les disciples. L'interprétation qui donne à penser à une succession sacrale dans l'Église n'a pas de soutien dans ce texte. Mt 6:1a Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes "Litt. 'faire votre justice' (var.:'faire l'aumône') c'est-à-dire pratiquer les bonnes œuvres qui rendent un homme juste devant Dieu." La déclaration que les bonnes œuvres rendent un homme juste devant Dieu n'est vraiment pas acceptée par toutes les Églises. Ceci était même un sujet important de la Réforme. Les protestants annonçaient vivement la justice de Dieu comme une possibilité limitée à la foi en Christ (121). Aucune œuvre bonne ne pouvait rien y ajouter! Mt 6:11 Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien Traduction traditionnelle et probable d'un mot difficile. On a pu proposer aussi: 'nécessaire à la subsistance' et 'de demain'. De toute façon la pensée est qu'il faut demander à Dieu le soutien indispensable de la vie matérielle, mais rien que cela, non la richesse ni l'opulence. - Les Pères ont appliqué ce texte à la nourriture de la foi, le pain de la parole de Dieu et le pain eucharistique: cf. Jn 6 22+. Bien que TBJ mette l'accent sur l'aspect matériel de cette prière, elle accentue aussi une interprétation spirituelle par son allusion aux Pères de l'Église. John Stott, docteur biblique protestant à Londres, fait ce commentaire au sujet de ce texte: Dans la Vulgate, Jérôme traduit le mot grec qui signifie 'quotidien' par l'adjectif 'transsubstantiel' en pensant à l'Eucharistie. Nous sommes reconnaissants aux Réformateurs de nous avoir amenés à une compréhension biblique meilleure et plus concrète de cette requête. Calvin commente l'interprétation spiritualisante des Pères de l'Église en disant: 'La raison...(alléguée) non seulement est frivole, mais ussi contraire à la vraie religion.' (122) Jn 1:12-13 Mais à tous ceux qui l'ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, lui qui ne fut engendré ni du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu. Allusion possible à la génération éternelle du Verbe, mais sans doute plutôt à la naissance virginale de Jésus, cf.Mt 1 16, 18-23 et Lc 1 26-38.-'ni du sang...ni d'un vouloir d'homme'; la leçon originale est peut-être le texte courte: 'ni du sang ni de la chair'. -La var. 'eux', qui n'a pas été adoptée ici, est la leçon courante. La naissance spirituelle des chrétiens est ici adapté au Verbe, le Christ. Par cette traduction très particulière, TBJ évite l'idée johannique d'une nouvelle naissance liée à la conversion au Christ. En revanche, elle parle de la naissance virginale de Jésus. Cette interprétation pourrait être considérée comme une trahison du texte biblique. Quoique la note, à la fin, indique l'existence d'une autre variante qui serait même la plus courante, TBJ soulève la doctrine de la naissance virginale de Jésus. Ce dogme catholique-romain n'est pas contredit par la majorité des Églises, bien qu'il existe des exégètes et des croyants qui ne l'admettent point. La position de Marie, la mère de Jésus, comme la Sainte Vierge n'est pourtant pas assumée par les protestants. Dans le cas où la traduction de Jn 1:13 a été faite dans le but de soutenir les doctrines liées à la naissance virginale (123), le mot trahison doit y être appliqué. De toute façon, la version TBJ n'est pas sérieuse à ce sujet. Le seul manuscrit en ancien latin et l'avis de quelques Pères de l'Église (124) ne sont point comparables au poids de tous les manuscrits grecs trouvés. Le choix des traducteurs dominicains reste ici bien énigmatique. Leur traduction de Jn 1:12-13 touche à la malhonnêteté.
4.2 Une Bible "protestante" Pour trouver des particularités "protestantes" dans TSC nous commençons par regarder les notes explicatives. Il en existe même dans cette version, mais elles sont peu nombreuses et les interprétations du texte sont assez rares. Les notes sont là pour indiquer quelques variantes du texte grec et des possibilités différentes de traduire certains passages. Les petits détails dans le texte semblent avoir une assez grande importance. Voici en quelques exemples: Mt 6:13 Ne nous laisse pas entrer dans la tentation y, mais délivre-nous du Malin z. y Ou: ne nous conduis pas en tentation. On pourrait aussi traduire: ne nous laisse pas emporter par (ou vers) l'épreuve: 1 Co 10.13;Ap.3.10 z Ou: du mal. Mt 6:27 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vieb? b le mot grec signifie aussi bien stature, taille, que âge, Lc 2.52 Jn 1:5 La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas accueillieb. b Ou: et les ténèbres ne l'ont pas dominée; ou encore: ne l'ont pas comprise. Les traducteurs paraissent avoir peur de perdre quelque valeur du texte et pour ne pas le risquer, ils écrivent toute possibilité jusqu'au ridicule. Jn 1:18 Personne n'a jamais vu Dieu; Dieu (le Fils) uniqueee, qui est dans le sein du Père, lui, l'a fait connaître e Certains manuscrits portent: le Fils unique. Dans ce verset nous trouvons encore la manière de TSC d'employer la parenthèse comme un moyen de montrer d'une part la fidélité au texte original et d'autre part la volonté d'écrire en bon français(125). Un fait qui contredit la prétendue fidélité au texte original, c'est l'ajout de la doxologie à la fin de Mt 6:13 (126). Dans une note explicative à Mt 6:13, TSC remarque que "Certains manuscrits omettent la doxologie". La vérité est pourtant plus proche de la note de TOB qui dit: "Certains manuscrits ajoutent ici: Car le règne, la puissance et la gloire sont à toi pour toujours." La doxologie n'est pas présente dans les manuscrits les plus anciens, il n'en existe aucune trace et pour une large majorité des exégètes elle n'est pas considérée comme originale . C'est donc un peu étonnant de la trouver dans TSC. Il nous semble que la fiabilité de TSC baisse un peu par son explication que certains manuscrits omettent cette partie de la prière. Pour quelle raison, TSC, y ajoute-t-elle ce texte supplémentaire? Une explication possible, c'est que la doxologie a eu plus d'importance dans la tradition protestante. Un thème important dans l'enseignement biblique de Jean Calvin, c'était Gloria Dei: la gloire de Dieu, l'objectif de toute la création. C'est notamment dans la ville de ce réformateur et dans les traces de son enseignement qu'est née quelques centaines plus tard la traduction biblique de Louis Segond dont TSC est une version révisée.
4.3 Une Bible "sectaire"(127) L'on peut trouver quelque ressemblance entre TSC et TMN; toutes les deux versions se veulent fidèles aux écritures grecques. Pourtant, la version des Témoins de Jéhovah est en réalité une traduction de la Bible en anglais: The New World Translation of the Holy Scriptures. Dans la préface de TMN, il est écrit: "Les traducteurs du présent ouvrage, qui craignent et qui aiment l'Auteur divin des Saintes Écritures, estiment avoir une obligation particulière envers Lui, celle de transmettre aussi exactement que possible ses pensées et ses déclarations.(128)" Une manière de montrer cette fidélité à la lettre, c'est l'emploi des parenthèses pour montrer au lecteurs que certains mots dont les équivalents grecs n'existent pas dans le texte original, ont été ajoutés pour améliorer le langage du texte français (129). Cet emploi de parenthèses est cependant moins fréquent dans la version 1995 de TMN que dans celles qui l'ont précédées. L'emploi du nom Jéhovah distingue TMN des autres traductions. Ce nom figure une fois dans nos textes: "Tu ne dois pas jurer sans tenir, mais tu dois t'aquitter envers Jéhovah de tes vœux."(130) Pour les traducteurs de TMN cette manière d'écrire le nom divin est importante, ce que montre leur commentaire: Quand des traducteurs écartent de leurs textes le nom personnel de Dieu, ils outragent l'Auteur divin des Saintes Écritures... Nous avons, nous, employé le nom de Jéhovah chaque fois que le demandaient les textes composés dans la langue de l'original, nous interdisant la pratique qui consiste à remplacer le nom divin, le Tétragramme, par des titres tels que "Seigneur", "le Seigneur","Adonai" ou "Dieu"....Pour rester dans le cadre de la traduction et ne pas verser dans l'exégèse, nous avons longuement réfléchi avant de réintroduire le nom divin dans les Écritures grecques chrétiennes, tenant compte chaque fois des donnés des Écritures hébraïques. Nous avons également cherché appui et confirmation dans les versions hébraïques des Écritures grecques chrétiennes. (131) Le nom Les Écritures hébraïques signifie ici l'Ancien Testament et Les Écritures grecques chrétiennes le Nouveau Testament de la Bible. Les versions hébraïques des Écritures grecques chrétiennes auxquelles TMN fait allusion ne sont pourtant pas indiquées. Quelles sont-elles? Il nous semble que les éditeurs de TMN ont choisi des versions qui soutiennent la manière de traduire Kurios par Jéhovah dans certains passages du Nouveau Testament mais non pas chaque fois. Il s'agit donc, contrairement à ce que dit l'explication citée ci-dessus, d'une exégèse et d'une interprétation qui dépendent apparemment de la tendance confessionnelle des traducteurs. D'autres textes qui ont été écrits différemment par rapport aux autres versions sont Jn 1:1 et Jn 1:18, où l'on trouve dans la version TMN une distinction quant à la traduction de Theos selon l'allusion de ce nom soit au Dieu le Créateur soit au dieu Jésus Christ. Le D majuscule au début du nom indique qu'il est question de Dieu le Père, tandis que le d minuscule signale que le texte parle de Jésus. Comme nous l'avons déjà vu, l'explication donnée par les éditeurs de TMN, c'est que la présence de l'article défini devant le nom montre comment il faut le traduire(132). Cette interprétation basée sur la syntaxe de la phrase est assez rare, mais les exégètes René Kieffer (133) et William Barclay (134) la soutiennent sans pour autant en tirer les mêmes conclusions quant à l'originalité de Jésus. Pourtant, TMN n'est pas conséquente à ce point, parce que dans Jn 1:6, 12, 13 et Jn 13:3, pour soulever quelques exemples, l'article définit devant le nom Theos n'est pas à trouver là non plus. Néanmoins, dans ces versets, TMN écrit Dieu avec un D majuscule. A notre avis, la distinction entre Dieu et dieu est bien influencée par une certaine tradition exégète opposée à celle qui plus traditionnellement soutient l'unité entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Les éditeurs de TMN rejettent le dogme de la Trinité et soutiennent fortement la distinction entre Jéhovah et Jésus (135).
4.4 Une Bible "hébraïque" L'auteur de TCQ tire ses origines de la culture hébraïque et de la religion juive. Il ne s'est pas contenté de traduire en français la Bible des juifs, c'est-à-dire l'Ancien Testament des chrétiens mais aussi les livres du Nouveau Testament, ce qu'il nomme Un pacte neuf. La différence principale entre la version TCQ et les autres, ce sont son rejet du nom Dieu qui est remplacé par Elohîm et son emploi du nom divin, représenté par le Tétragramme IHVH. L'impact hébraïque est bien évident dans ce refus des noms des idoles. Pour les professants de la foi juive, il n'est pas question de prononcer le nom IHVH, de peur de le faire incorrectement. Ainsi, l'auteur de TCQ, y ajoute-t-il le nom divin Adonaï qui peut être proféré sans crainte. Nous considérons que l'emploi des noms hébreux dans TCQ est tout à fait justifié. Toutefois, les traductions différentes du nom Kurios dans Mt 7:21-22 font preuve d'une interprétation qui n'est pas fondée dans le texte original: Tous ceux qui disent: ' IHVH-Adonaï! IHVH-Adonaï !' n'entrent pas au royaume des ciels, mais seulement celui qui fait le vouloir de mon père des ciels. Nombreux me diront en ce jour: Adôn, Adôn! N'est-ce pas en ton nom que nous avons été inspirés, en ton nom que nous avons jeté dehors les démons, en ton nom que nous avons fait de nombreux prodiges? Le nom IHVH-Adonaï est le nom du Créateur et du Souverain d'Israël, alors que l'expression Adon désigne un homme de pouvoir. Est-ce la peur d'un croyant juif de confondre Jésus avec le Créateur qui dirige cette traduction à laquelle les ancien manuscrits ne donne aucun soutien? Au contraire, ils parlent de Jésus dans les deux versets. La manière de garder l'expression grecque logos dans le Prologue pourrait-elle s'expliquer pareillement? L'on aurait dû s'attendre à ce que le traducteur hébraïque avait employé le terme hébreu dabar qui signifie la parole active et créatrice de Dieu. Surtout qu'il soutient vraiment le rapport entre le Prologue et la Genèse, come nous l'avons souligné (136)! Pour bien d'autres noms dans le Sermon sur la montagne et dans le Prologue, TCQ remplace leur écriture grecque par l'équivalence hébraïque: Iéshoua au lieu de Jésus, Moshè (Moïse), Iohanân (Jean), Shelomo (Salomon) Ieroushalaîm (Jérusalem), les Sophérim (les scribes), les Péroushîm (les Pharisiens), la Tora (la Loi) etc. Finalement, nous voulons signaler ce que nous considérons comme une manière influencée par la culture hébraïque d'éviter le langage religieux. La religion juive semble beaucoup plus reliée à la vie quotidienne que le paraît le christianisme qui aime souvent spiritualiser les réalités humaines. Nous en tirons comme exemple les manières différentes de traduire le Notre Père (137). Alors que TBJ prie "Notre Père qui est dans les cieux", TCQ s'adresse à "Notre père des ciels". TBJ demande "notre pain quotidien", mais TCQ souhaite "notre part de pain". Chouraqui commente ainsi: Notre père des ciels l'ellipse réduit ici à quatre mots ce que la formule courante exprime en six et qui, en hébreu, tient en deux seulement: abinou shèbashamaîm. Notons que shamaîm n'existe qu'au pluriel; d'où le coeli du latin biblique et chrétien. Le "cieux" du vocabulaire religieux courant comporte une nuance affective absente du terme hébreu. Ciels, préférable phonétiquement, évoque une multiplicité d'aspects bien réelle.(138)
4.5 Une Bible "œcuménique" Une traduction interconfessionnelle devrait être dépourvue de traces doctrinales particulières. C'est vrai que ce sont des pères dominicains qui ont pris l'initiative à la traduction TOB et l'on peut y trouver quelques ressemblances avec TBJ. La grande fréquence de notes qui expliquent le texte biblique ainsi que le Verbe comme traduction de l'expression logos en témoignent. En revanche, par sa traduction de Jn 1:13, TOB ne soulève pas ici la doctrine de la naissance virginale de Jésus. TOB montre que ce passage parle de ceux qui croient en Jésus et qui par cette foi deviennent enfants de Dieux. Ce sont eux qui sont nés ni "du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu." Un des traducteurs catholiques de TOB explique que la variante suivie par TBJ (139) est un changement du texte qui a certainement été fait pour témoigner de la naissance virginale de Jésus (140). En gros, la traduction de TOB suit de très près le texte grec et pareillement à TCQ elle préfère un langage courant à celui plus religieux dans beaucoup d'autres traductions, comme le montre ce passage du Notre Père: "Donne-nous aujourd'hui le pain dont nous avons besoin, pardonne-nous nos torts envers toi comme nous-même, nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous."(141) L'on se demande si TOB ne va même pas un peu trop loin dans son désir d'éviter des pièges tendentiels lorsqu'elle traduit le mot ofeilhma par tort. Dans le texte biblique original, il n'est pas question de petits défauts de caractère mais de dettes réelles envers Dieu. C'est le statut de l'homme devant Dieu qui est au fond mis en question. Le pardon du Père céleste est tout à fait nécessaire pour la survie des hommes. Le choix de TOB semble ici un peu plat. Autre traduction qui pourrait être mise en question, c'est Mt 6:1: "Gardez-vous de pratiquer votre religion devant les hommes pour attirer leurs regards; sinon, pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux." Le mot grec, dikaiosyne, signifie justice, ce qui est la traduction courante en français. Mais comme le contexte indique qu'il est question de l'aumône; le sens pourrait bien être charité ou bienfaisance. Par la suite du texte, Jésus parle aussi de la prière et du jeûne, mais la traduction religion, est-elle vraiment correcte? Cette expression pourrait être comprise comme étant relative à n'importe quel culte religieux. En réalité, ce dont parle Jésus et ce qui est aussi un thème du Sermon sur la montagne, c'est qu'il faut mettre en pratique la foi en Dieu, le Père céleste pour entrer dans son royaume. Il n'est pas question de pratiquer une religion mais d'obéir aux paroles de Jésus.
Au cours de notre étude des cinq traductions bibliques, nous avons pu constater qu'il est bien possible d'y trouver un message commun. Dieu est principalement présenté comme le Père céleste. Pour disperser les ténèbres d'un univers qui s'était éloigné de lui, il a allumé la lumière du monde par l'envoi de son Fils Jésus à l'humanité. Tous ceux qui croient en lui deviennent enfants de Dieu et c'est leur mission de réflèter son amour aux hommes. Ainsi les croyants, les disciples de Jésus, seront eux aussi appellés des lumières du monde. Mais, les traductions portent des différences qui ne sont pas toujours de moindre importance. Le style de certaines versions, notamment TBJ et TSC paraît plus adapté à l'usage liturgique, alors que le langage employé dans TOB et TCQ semble davantage courant. Un exemple dans nos textes qui en témoigne, ce sont les écritures différentes de la prière le Notre Père. Les difficultés de traduire l'expression logos peuvent s'expliquer par le fait qu'il ne s'agit pas seulement d'un mot grec, mais au temps de la genèse du Prologue, ce terme était pourvu d'interprétations philosophiques et religieuses bien variées. Variées sont aussi les solutions proposées par les traducteurs: le Verbe, la Parole, le logos. Elles mettent chacun l'accent sur un aspect particulier (142), que l'on croit pertinent. Ainsi est-il certainement avantageux pour le lecteur biblique de pouvoir comparer des traductions différentes dans le but de trouver plus profondement le sens d'une expression qui n'est guère possible de traduire par un seul mot. Une conséquence est donc que la multitude de traductions bibliques pourrait être utile pour ceux qui n'ont pas les moyens d'étudier la Bible dans la langue originale. Cependant, ce que nous n'approuvons point, c'est la manière de nombreuses versions d'imposer aux lecteurs des interprétations particulières de textes bibliques. Nous avons trouvé des traces de certaines traditions doctrinales, des traductions que nous considérons toucher à la malhonnêteté et qui pourraient être qualifiées de trahison! TBJ dévie le sens de Jn 1:13 par son changement de pronom dans le texte. Au lieu de parler de la vie nouvelle et d'une naissance spirituelle des croyants, elle soutient la doctrine de la naissance virginale de Jésus, ce dont ne parle pas le texte original d'après les anciens manuscrits grecs. Un autre exemple de traduction tendancielle, c'est la manière de TMN de distinguer Dieu de Jésus par son emploi de majuscules et minuscules dans Jn 1:1,18 dans le but de contester les doctrines catholiques et protestantes au sujet de l'originalité du Christ. Les protestants ne sont pas plus fidèles au texte propre que le sont les catholiques et les Témoins de Jéhovah. L'ajout de la doxologie à la fin de la prière le Notre Père dans Mt 6:13 n'est pas fondé dans le texte original mais plutôt dans la tradition de l'Église Réformée qui fait valoir plus que d'autres orientations chrétiennes la gloire de Dieu: Gloria Dei. Les traductions différentes du nom Kurios dans Mt 7:21-22, d'après TCQ, pourraient être interprétées comme un signe de crainte juive que Jésus et le Créateur ne soient confondus. Cette distinction n'est pas justifiée par le texte grec. Les difficultés de trouver des traces tendancielles dans TOB sont certainement dues au fait qu'il s'agit ici d'une version interconfessionnelle. Nous avons pourtant démontré la traduction un peu particulière dans Mt 6:1a: "Garder vous de pratiquer votre religion devant les hommes pour attirer leur regard..."(143) Cette écriture pourrait être comprise comme un signe d'œcuménisme. Dans ce cas il faut constater que TOB n'atteint pas l'objectivité espérée non plus. Nous reprochons doncs aux auteurs des cinq traductions leur infidélité au texte propre de la Bible. Il existe cependant différents degrés de fidélité. Ce qu'à notre avis rend TCQ meilleure que les autres Bibles, et cela de loin, c'est son atmosphère hébraïque. Malgré le problème lié à la traduction de Mt 7:21-22, nous osons proposer que cette version illumine plus que les autres le message biblique original. Notre citation d' Hélène Marchessou (144) démontre combien il est difficile de traduire en français le message né dans une culture lointaine, sans en perdre le sens profond. Le problème principal de nombreuses traductions de la Bible, c'est, à notre avis, le manque de connaissance de la culture hébraïque, berceau de la Bible. Le long de l'histoire des millénaires depuis la vie terrestre de Jésus-Christ, les exégètes, les traducteurs et les dirigeants de l'Église ont réussi à déhébraïser les textes qui ont pourtant été considérés comme la Parole de Dieu. Bien que le Nouveau Testament soit écrit en grec, ceci n'était certainement pas la langue maternelle des auteurs. Les premiers chrétiens vivaient dans un milieu hébraïque. Jésus ne parlait pas le grec: il enseignait le peuple en araméen; il citait les textes bibliques dans la langue des anciens prophètes, l'hébreu. Les paroles initiales du Sermon sur la montagne: "En marche, les humiliés du souffle! Oui, le royaume des ciels est à eux!", prononcées par Jésus selon la version TCQ, montrent combien l'atmosphère hébraïque réintroduit dans la Bible peut rendre son message plus authentique et plus conforme aux anciennes écritures prophé-tiques. Faut-il un homme juif, un fils d'Israël pour disperser les ténèbres et pour rallumer la lumière dans le monde chrétien? Oui. Bien évidemment!
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La sainte Bible traduite en français sous la direction de l'École biblique de Jérusalem, (1re éd.: 1956), Les éditions du Cerf. Paris,1993 La Bible traduite et présentée par André CHOURAQUI, (1re éd.: 1985),Desclée de Brouwer,1989 Les Saintes Écritures. Traduction du monde nouveau, (1re éd.: 1974), Watchtower Bible and tract society, New York, 1995 La traduction œcuménique de la Bible, (1re éd.: 1975),Société biblique Française- Le Cerf. Paris, 1988 La sainte Bible traduite d'après les textes originaux hébreu et grec. Nouvelle version Segond révisée, (1re éd.: 1978), Société biblique française, Paris, 1994 The Greek New Testament,United Bible Societies, London, 1966
2a. sur la Bible BROOMÉ OP, Catharina, B., Katolska kyrkan, AB Verbum, Stockholm, 1968 Éd. GIBAUD, Henry, Les problèmes d'expression dans la traduction biblique, Actes du colloque des 7-8 novembre 1986 Université Catholique de l'Ouest, Institut de Perfectionnement en Langues Vivantes, 1988 CHOURAQUI, André, L'Univers de la Bible, Tome 8, Brépols-Lidis, Paris,1985 DELFORGE, Frédéric, La Bible en France et dans la Francophonie, Publisud / Société biblique française, Paris, 1991 La Bible dans le monde, No 165, 1993, Alliance Biblique Française, Paris The Kingdom Interlinear Translation of the Greek Scriptures, Watchtower Bible and Tract Society of New York INC, 1985 2b. sur certains passages BARCLAY, William, The gospel of Matthiew, The Saint Andrew Press, Edinburgh, 1972 BARCLAY, William, The gospel of John, The Saint Andrew Press, Edinburgh, 1964 BOFF, Léonardo, Le Notre Père, Une prière de la libération intégrale, Les Éditions du Cerf, Paris, 1988 KIEFFER, René, Johannesevangeliet, EFS-förlaget, Uppsala, 1987 MORRIS, Leon, The Gospel according to John, Marshall,Morgan & Scott, London, 1972 STOTT, John, Matthieu 5-7. Le sermon sur la montagne, Presses bibliques universitaires, Lausanne, 1987 TASSIN, Claude, L'Évangile de Matthieu, Centurion, Paris, 1991 2c. dictionnaires outils CARREZ, Maurice, MOREL, François, Dictionnaire grec-français du Nouveau Testament, Delachaux et Niestlé, Neuchatel, 1971 Éd. BROWN, Colin, The new international dictionnary of New Testament theology The Paternoster press, Exeter 1975 Le Nouveau Petit Robert, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1993 The Analytical Greek Lexicon, Samuel Bagster & Sons LTD, London, 1967 2d. biographies CHOURAQUI, André, L'amour fort comme la mort. Une autobiographie, Robert Laffont, Paris, 1990 2e. sur la linguistique MITTERAND, Henri, Le discours du roman, Presses Universitaires de France, Paris, 1986 SCHOTT-BOURGET,Véronique, Approches de la linguistique, Nathan,
Paris,1994 |
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Quatre des traductions étudiées nous étaient déjà un peu familières quand en novembre 1995, au cours d'un séjour à Orléans en France, nous en avons fait connaissance avec la cinquième: la Bible traduite par André Chouraqui. Sa version nous a beaucoup intéressée et après avoir lu son autobiographie L'amour fort comme la mort, nous avons pris contact avec lui pour en savoir plus. Lors d'un voyage en Israël en avril 1996, nous avons eu l'occasion de rendre visite au traducteur israélite pour un entretien chez lui. Cette rencontre nous a fait comprendre et apprécier encore mieux ses efforts pour traduire la Bible. Natân André Chouraqui est né en Algérie le 11 août 1917, le samedi 23 Ab, de l'an 5677 l'heure hébraïque. Au cours de l'occupation nazie de la France, il s'est engagé dans la Résistance et après la naissance de l'État d'Israël, il s'est installé à Jérusalem où il était conseiller du président Ben Gourion et puis maire-adjoint de la ville. Sa thèse de doctorat en droit, soutenue à Paris en novembre 1948, traite de la création de l'État d'Israël. Outre sa production littéraire, surtout sur les Juifs et le rôle d'Israël, ses œuvres de traduction sont importantes. Parmi celles-ci se trouvent le Coran et ... la Bible! L'habitation de Chouraqui est située dans un quartier assez proche de la vieille ville de Jérusalem et par la fenêtre de son bureau la vue sur le Mont Sion est magnifique. Cette situation a certainement inspiré le traducteur de la Bible. La visite dans ce lieu nous a fait contempler les paroles du prophète Michée: "Oui, de Siôn sortira la tora, et la parole de IHVH-Adonaï de Ieroushalaîm."(145) Le traducteur juif avec l’auteur du mémoire. Par la fenêtre: vue sur le mont Sion Nous avons été fort déçu de ne pas avoir pu trouver les traductions de Chouraqui dans les librairies chrétiennes de Jérusalem. On nous a même conseillé de lire les versions bibliques élaborées par des chrétiens au lieu de celle du juif. Vu le résultat de notre recherche présenté dans ce mémoire, nous déplorons vivement ce que nous considérons comme un aveuglement chez quelques habitants de la ville de Jésus. La déclaration de l'apôtre Paul concernant la lecture biblique de beaucoup de fils d'Israël ne touche-t-elle pas aussi des chrétiens? "quand Moshè est lu, un voile gît sur leur cœur." (146) Un thème abordé lors de notre entretien avec André Chouraqui, c'était la méthode qu'il avait employée pour traduire le Nouveau Testament: la référence à la koiné (147) des rabbis d'Alexandrie. Il faut étudier comment la Bible hébraïque a été traduite de l'hébreu en grec dans la Septante du IIIe siècle av.J.-C. Répondant aux questions l'auteur de TCQ nous a expliqué les expressions du vocabulaire biblique Dieu, Seigneur et bienheureux qui traduisent Theos, Kurios respectivement makarioi. Ces termes grecs expriment à leur tour ce dont parle la Bible hébraïque par l'emploi du nom divin Elohîm, du nom très saint représenté par le tétragramme IHVH et de l'adjectif ashréi (148). L'importance des noms personels dans la culture hébraïque a été particulièrement soulevée. Sans aucun doute, le lecteur de la Bible a beaucoup à apprendre de ceux qui vivent la culture hébraïque. L'étude de TCQ et la rencontre avec son auteur dans le lieu biblique même nous ont beaucoup encouragé et ont rendu nos efforts pour l'accomplissement de ce travail très enrichissants. Nous remercions André Chouraqui pour sa gentillesse de nous avoir reçu dans sa jolie maison à Jérusalem! Dans le bureau, lieu de naissance de la Bible Chouraqui Vos commentaires dans mon "Guestbook"
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NOTES 1 TMN 2 André Chouraqui, l’auteur de TCQ, habitant à Jérusalem 3 Psaume 119:105, TCQ 4 A. Chouraqui, 1990, p.459 5 TBJ, p.1 6 Ed. H. GIBAUD, 1986, p.57 7 TMN, p.3 8 A. Chouraqui, 1990, p.464 9 Jn1:9, TSC 10 Jn 8:12, TSC 11 Jn 9:5, TSC 12 Mt 5:14-16, TSC 13 TCQ 14 TOB 15 TMN, dans le même verset, cette traduction écrit d'abord Dieu et ensuite dieu 16 TBJ 17 TCQ 18 V. Schott-Bourget, 1994, p.58 19 du mot grec sunopsis : vue d'ensemble 20 du mot grec ekklesia: église 21 du mot grec eschatos : le dernier, la fin du monde 22 Mt 27:37, TBJ 23 Le mot Royaume n'apparaît que dans Jn 3:3,5 et 18:36 24 dans 17 différents versets 25 Jn 14:6, TBJ 26 Jn 20:31, TSC 27 Mt 5:1 28 Mt 4:17, TOB 29 ibid. 30 Mt 4:17, TBJ, TMN, TSC 31 ibid., TCQ 32 Jn 1:7, TBJ, TMN, TOB, TSC (TCQ écrit adhérer par lui) 33 Jn 1:1,9,14 TSCl, TMN 34 Jn 1:12 35 Jn 3:3-16 36 Mt 6:6b, TBJ 37 Mt 6:8, TOB 38 Mt 6:14, TMN 39 Mt 6:26, TSC 40 Dans Mt 5:33 ce nom, Kurios, signifie cependent Dieu! 41 á l'exception des noms de Dieu et Jésus 42 Nous avons additionné la fréquence des mots dans la totalité des cinq traductions. 43 Mt 5:34, TBJ 44 Mt 6:9, TBJ 45 C.TASSIN, 1991, p.75 46 Mt 6:19-21 47 Mt 6:26, TBJ 48 Mt 6:10, TBJ 49 Mt 5:38, TBJ 50 Mt 6:22-23, TOB 51 Mt 5:27-28 52 Mt 7:1-7, TCQ 53 Mt 7:17-20, TOB 54 Mt 7:21, TOB 55 Jn 1:9, TSC 56 Mt 5:14-16 57 TSC 58 Jn 1:7, TOB 59 TBJ, TSC, TOB 60 TSC, p.IX 61 Mt 5:33 62 Jn 1:1 63 Jn 1:14 64 Mt 5:33 65 The Kingdom Interlinear Translation of the Greek Scriptures, l'Avant-propos, p.10 66 Jn 1:1 67 The Kingdom Interlinerar Translation of the Greek Scriptures, Appendix p.1139-1140 68 Dithéisme signifie la croyance à deux dieux qui sont égaux mais opposés; l’un est bon, et l’autre mauvais. Le terme n’est pas vraiment correctement employé dans l’exemple ici! 69 A.Chouraqui, 1990, p.469 70 ibid., p.478 71 ibid. 72 A. Chouraqui, 1990, p.473 73 Exode, ch.3 74 ibid., 3:14, TCQ 75 traduction connue sous le nom la Septante, souvent écrit: LXX 76 à comparer avec TMN: "Jéhovah" 77 Mt 7:28, Jn 1:17 78 Jn 1:17 79 p.7 80 Jn 1:17 81 TBJ, TMN, TOB 82 TSC diffère un peu par son écriture Jésus-Christ 83 1 Samuel 16:13 84 Lc 3:21-23 85 Lc 4:18, TBJ 86 né en France, catholique, docteur de l’exégèse du Nouveau Testament de l’université d’Uppsala en Suède 87 logoV en araméen 88 TOB 89 les savants juifs, auteurs de Targum, les traductions araméennes des textes bibliques 90 R. Kieffer, 1987, p.20 91 TCQ, note marginale commentant Jn 1:1 92 Mt 7:28, TBJ 93 Jn 1:14a 94 TOB l’admet dans une note marginale. 95 A.Chouraqui, 1985, p.386/387 96 Jn 1:1 97 A.Chouraqui, 1985, p.387 98 Nous avons marqué en italique les différences quant au sujet dans Jn 1:12-13. 99 Mt 5:3-12 100 Mt 6:9-13 101 Mt 7:12 102 Mt 5:3 103 Le texte parallèle dans l'évangile de Luc parle plus concrètement d'une pauvreté matérielle et sociale (voir Lc 6:20). 104 Note marginale expliquant Mt 5:3, TBJ. Les point marquent que nous avons supprimé les références données à d’autres passages bibliques. 105 A.Chouraqui, 1985, p.53; voir aussi W.Barclay, 1972, p.83 106 A. Chouraqui, 1985, p.53; voir aussi W. Barclay, 1972, p.83 107 Un enoncé performatif signifie que son énonciation accomplit l'action qu'il exprime (voir V.Schott-Bourget, p.99) 108 note marginale à Jn 1:15, TCQ 109 C.Tassin, 1991, p.75 110 Le Petit Robert, 1993, p.376 111 TBJ 112 TOB 113 TSC 114 TMN 115 TCQ 116 A. Chouraqui, 1985, p.63 117 note marginale à Mt 6:9-10, TCQ 118 Cette expression signifie toutes les écritures de l’Ancien Testament. 119 donc! 120 notre traduction de ces passages: "Katolikerna blir uppmanade inte bara att läsa bibeln, utan även att söka förstå den rätt. Det innebär för det första, att bibeln endast kan förstås i kyrkans levande tradition... Det är kyrkan som tolkar skriften... En följd av detta är kravet att de biblar som trycks för allmänt bruk skall vara försedda med förklaringar. C. BROMÉE, 1968, p.23 121 Epître aux Romains 1:17 122 J. Stott, 1987, p.133 123 voir la référence à l'exégète René Kiéffer, p.53 124 Veronensis (manuscrit en ancien latin), Pères de l’Église, entre autres: Irenaeus, Tertullian, Origen, d’après The Greek New Testament, 1966 125 voir 3.1, p.24 126 voir p.40 127 L'expression sectaire n'est pas employée dans un sens péjoratif. D'après Le Nouveau Petit Robert le nom secte signifie un "groupe organisé de personnes qui ont la même doctrine au sein d'une religion" et l'adjectif sectaire "adhérent intolérant d'une secte religieuse". D'après notre interprétation des déclarations faites dans la partie SUJETS DE CONVERSATIONS BIBLIQUES, ps.1650-1661, il est difficile de voir comment les éditeurs de TMN pourraient collaborer avec et même tolérer des chrétiens d'autres Églises et d'autres courants spirituels. Voir par ex. p.1656: 27.Œcuménisme et p.1658: 33.Religion . 128 TMN, p.5 129 Il faut signaler que TMN ne fournit pas d'explication des raisons de son emploi de parenthèses. Nous en indiquons seulement notre interprétation. 130 Mt 5:33b 131 TMN, p.1642 132 voir 3:2 p.25 133 R.Kieffer 1987, p.22 134 W. Barclay, 1964, p.17 135 voir The Kindom Interlinear Translation of the Greek Scriptures, ps.1139-1146 et TMN p.1661: "43. Trinité" 136 voir 3.3 p.27 137 dans Mt 6:9,11. 138 A. Chouraqui, 1985, p.61 139 voir 4.1, p.46 140 R. Kiéffer, 1987, p.15 141 Mt 6:11,12 142 ou peut-être plusieurs différents aspects 143 le mot religion souligné par notre main 144 voir 1:1, p.7 145 Michée 4:2, TCQ 146 2e Epître aux Corinthiens 3:15, TCQ 147 le grec parlé, langue universelle à l'époque des auteurs du Nouveau Testament 148 voir ps.26-28, 36 Vos commentaires dans mon "Guestbook"
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