Le design industriel en Suède

Introduction

Le développement international du groupe IKEA incarne la réussite et la renommée du design suédois depuis le début du siècle. Sur le plan industriel, le design est unanimement considéré comme un outil indispensable pour la compétitivité et la productivité des entreprises. L'Etat a donc décidé, en 1998, d'attribuer une subvention de 9 millions de SEK (environ un million d'euros) à la Fondation suédoise pour le design industriel, afin de promouvoir et développer le design industriel, un effort particulier devant être fait à l'égard des PME. Pour leur part, les grands groupes ont très tôt pris conscience de l'importance du stylisme, et la plupart possèdent leur propre département de design. L'univers suédois du design se scinde en trois catégories professionnelles : les designers d’art, les designers en architecture dont les travaux sont, outre l’architecture, le design des produits d’intérieur (verrerie, meubles…) et les designers industriels qui recherchent tout autant l’esthétique que le fonctionnalisme. La Suède compte près de 350 designers industriels, dont une centaine sont employés dans l'industrie, et entre 100 et 150 sont consultants, mais on estime à 20 % la proportion des produits conçus par des designers.

Historique

Au début du siècle, le design suédois était célèbre pour ses produits artisanaux de décoration d'intérieur tels que le textile, la porcelaine ou le mobilier. Le design industriel est apparu dans les années 30-40 avec l'avènement de la production de masse. Les créations étaient simples et fonctionnelles, mais l'esthétique était le principal souci des designers. Les années 50 virent le développement des métiers du stylisme avec la naissance de l'industrie automobile. Les formes "aérodynamiques" qu'elle créa inspirèrent les grands groupes des autres secteurs (Electrolux, Asea et Ericsson). La collaboration entre designers et techniciens devint indispensable pour exploiter les avancées techniques. Puis, dans les années 60-70, l'ergonomie occupa une place grandissante dans la conception des produits et le design industriel se mit au service des handicapés et de la sécurité. Avec la crise pétrolière, une dimension environnementale fut intégrée aux études de design pour réduire le gaspillage des ressources. Parallèlement, de nombreuses entreprises s’installèrent à l'étranger et le recrutement des designers chuta. Devenus indépendants, ceux-ci se regroupèrent au sein de collectifs pour devenir consultants (Ergonomi Design Gruppen, Interdesign, Industrial design, ANI, ALD). Mais, depuis quelques années, de nouvelles PME dynamisent le marché du design (Nya Perspektiv, No Picnic, Formbolaget, Propeller, Struktur Design, etc).

Fondations et associations

Créée en 1990, la Fondation suédoise pour le design industriel (SVID) a pour but de promouvoir le design industriel et ses applications en tant que facteur compétitif pour les entreprises. Comme le font les centres de design régionaux français, la fondation constitue, pour les PME, une interface entre les créateurs industriels et les designers. Composé de neuf bureaux régionaux, cet organisme aide les entreprises à lancer des appels d'offres auprès des designers et les oriente vers les consultants correspondant à leurs demandes. Elle accorde aussi des subventions (50% des dépenses de design avec un plafond de 25000 SEK) aux PME qui, pour la première fois, font appel à des consultants. Au total, SVID aura aidé 180 PME en 1998. Très proche de la fondation, l’Association des designers industriels suédois (SID) défend les intérêts de la profession, oriente les écoles dans leurs choix de programmes d’enseignement et soutient des coopérations avec les associations des autres pays nordiques. Notons quel'Association suédoise pour le design (Svensk Form) publie des articles très complets dans sa revue "Form" largement diffusée.

L’industrie…

La majorité des grands groupes possèdent des départements de stylisme, même si certains, tel Ericsson, ont des contrats à long terme avec des consultants. Dans le secteur automobile où le design est un des principaux éléments de marketing, Saab et Volvo ont beaucoup investi et disposent d'outils performants. Les efforts de Volvo en matière de design ont été récompensés par l'obtention du Prix du design automobile européen 1999 pour son modèle S80. Le constructeur de Göteborg a en effet rompu avec ses formes très carrées pour adopter un design plus commun, alliant ligne courbe et fonctionnalisme. Chez Electrolux, le design est très international puisqu'il s'effectue dans quatre pays ; les produits y sont adaptés aux demandes nationales spécifiques ou à une classe sociale ciblée. Notons qu'un nouveau concept vient d’être lancé qui permettra au consommateur de "créer" son propre réfrigérateur en choisissant parmi les 6000 options disponibles (couleur, matériau, forme…).

Mais la majorité des entreprises suédoises sont des PME. Pour des raisons économiques, elles ne peuvent embaucher de designer et font donc appel à des consultants. Les principaux domaines d'étude sont : les équipements médicaux et ceux pour handicapés, les outillages, les équipements pour améliorer la sécurité, les produits de la vie quotidienne (téléphones, tournevis, appareils acoustiques...), les sites Web et les logos pour entreprises. La plupart de ces entreprises n’ont aucune spécialisation ; Ergonomi Design Gruppen a développé, par exemple, des produits médicaux pour Pharmacia & Upjohn, des systèmes mécaniques pour Autoliv, des outils ergonomiques pour Sandvik, des couverts pour personnes âgées et handicapées…

La formation et la recherche…

50 designers industriels sont diplômés (licence et master) chaque année de l’une des quatre écoles suivantes :

* L'Ecole supérieure de design d'Umeå.
Elle dispose d’un institut qui développe de nombreux projets de R&D en coopération avec l’industrie (Volvo, Pharmacia, Ericsson, Telia, Volvo P.L.). Le ministère de l’éducation et des sciences a accordé une subvention pour des projets de recherche réalisés en collaboration avec les universités et les industriels sur les thèmes de la sécurité et les NTIC (intégrer les NTIC dans les vêtements, les casques, les sacs…).

* L'Ecole supérieure des arts décoratifs et du design à Stockholm.
Des projets de recherche pour l’Institut Karolinska démarrent et s’ajoutent à ceux menés en coopération avec KTH (Ecole polytechnique de Stockholm).

* L'Ecole supérieure de design et d'artisanat d'art à Göteborg.
L’an prochain, elle sera la première école nordique à proposer une formation de doctorant aux étudiants. Des projets de fin d’études sont développés en concertation avec Volvo, Alfa Laval, IKEA, Saab automobile…

* L'Université technologique de Luleå.
Les premiers programmes de recherches viennent d'être lancés et sont axés sur les outils et les méthodes de design.

Notons que l’Université Technologique de Lund a lancé en 1999 une filière de design où l'on mène des projets de recherche orientés vers les produits d’intérieur.

Projets et coopérations

Financé par la fondation SVID, les ministères de l'industrie, du travail et de la communication, l'Union Européenne et NUTEK (Direction nationale suédoise pour le développement industriel et et technologique), le projet "EcoDesign Sweden 97", qui s'étale sur trois ans, favorise le développement de produits adaptés à l'environnement au sein des PME. Le projet dont le budget s'élève à 6,2 millions de SEK (692 000 euros) rassemble 50 designers, des spécialistes de l'environnement et une quinzaine de PME-PMI. Le design doit accroître la compétitivité en réduisant le nombre et la quantité des matériaux qui sont, autant que possible, recyclables. Au niveau scolaire, ce projet vise à sensibiliser les étudiants aux problèmes environnementaux soulevés lors du dessin de produits.

D’autre part, le projet EDIT (European Design Innovation Tool), financé par le programme d'innovation de l'Union Européenne, rassemble les fondations de sept pays européens. Il a pour but d'aider les PME à mettre en œuvre et utiliser des outils de design industriel en applicant un système rigoureux de management.

Peu de coopérations ont été initiées. Les grands groupes, dont les activités du département design sont confidentielles, ne coopèrent qu’avec les centres universitaires de recherche. Quant aux consultants, la taille réduite de leurs effectifs ne leur permet pas de s’impliquer dans des coopérations à long terme et les initiatives d'échanges de personnel avec des entreprises étrangères sont prises au cas par cas.

"Les Notes AFSR", numéro 12, 1999